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STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES UNIVEF (ARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY IBHARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY STANFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD UN IVERSITY LIBRARIES 1.1 l.«li \Ëmm*^ ll.«^ Iml r«i MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES DU MÊME AUTEUR Matériaux pour THistoire primitive et naturelle de THomme. Revue mensuelle illustrée. Direction G. de Mortillet, 1865-68, 4 vol. Direction E. Cartailiiac, 1869-89, 18 volumes in-8« de 600 pages avec figures et planches. . . . 500 fr. Depuis janvier 1890, les Matériaux réunis à la Hevue d'Anthropologie et la Revue d'Ethnographie forment une nouvelle publication. L'Anthropologie. ReMie illustrée paraissant tous les deux mois, sous la direction de MM. Cartailhac, Hamy, Topinard. 800 pages par an, grand in-8^ Paris, G. Masson, boulevard Saint-Germain, 120 27 fr. L'Age de la Pierre dans les Souvenirs et les Superstitions populaires, avec 68 figures dans le texte et 2 planches. Paris^ 1878 {épuisé). Les Ages préhistoriques de l'Espagne et du Portugal. Préface de M. A. de QuATREFAGES, de Tlustitut, Professeur au Muséum. Grand in-8^ avec 450 figures dans le texte et 4 planches. Paris, C. Reinwald, 1886 25 fr. La Grotte de Reilhac, causse du Lot (en collaboration avec M. Marcellin Boule). In-4* avec 70 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1889 5 fr. La France préhistorique d'après les sépultures et les monuments. 336 pages in-8'' avec 162 gravures et phototypies dans le texte. Paris, F. Alcan, 1889. {Bibliothèque scientifique internationale), cartonné (> fr. SOUS PRBSSE : La Gaule indépendante, in-8^ {même Bibliothèque). MISSION SCIENTIFIQUE DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBUQUE MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES PAR EMILE GARTAILHAC AVEC 51 PHOTOGRAVURES HORS TEXTE ET 80 PLANS OU DESSINS TOULOUSE LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 1892 Tous droits réservés. Tiré à 240 exemplaires A LA MÉMOIRE DE M. A. DE QUATREFAGES MEMBRE DE L*INSTITUT, PBOFESSEUR AU MUSÉUM Souvenir reconnaissant. AVANT-PROPOS En 1886, j'ai publié un ouvrage intitulé : Les Ages préhistoriques de FEspagne et du Portugal. C'est le résultat de recherches et de lectures concernant la grande Péninsule qui ferme à l'occident la Méditerranée, J'eus le regret de laisser une quantité de problèmes sans solutions, de nombreux points obscurs. Et comme, en interrogeant l'archéologie et l'histoire de la France et du nord de l'Afrique, je n'avais pu résoudre ces difficultés ni éclairer le sujet, je m'imaginais volontiers que je trouverais quelque lumière dans les îles les plus voisines du littoral espagnol, der- nière étape apparemment de toutes les influences qui jadis se propagèrent par mer d'Orient en Hispanie. J'ai été ainsi conduit à faire aux îles Baléares, en octobre, novembre et décembre 1888, une charmante promenade, car il faut réserver les mots de voyage ou d'exploration pour les contrées plus lointaines, moins commodes à visiter. On arrive aux îles en une nuit par Barcelone, en un jour par Cette. On y est reçu admirablement, on y circule partout avec facilité, et lorsqu'on leur dit adieu, on part séduit par les beautés de la nature et charmé par l'amabilité des gens. On trouve justifiées les paroles des X AVANT-PROPOS. vieux écrivains Baléares : « Hic mihi certa quies vivere et opto mort » (Don Juan Dameto) ; « Viver en ella es para mi una imperturbable felicitady y en la misma desco morir. » (Dionisio Pont.) Je n'ai pas rencontré les renseignements que j'espérais sur l'âge de la pierre et les populations vraiment primitives de la Méditerranée. J'ai recueilli, en revanche, des documents plus récents, que je ne cherchais pas, et qui, à ma grande surprise, étaient en majorité inédits. Le premier, je crois, j'apporte à la fois des photographies méthodiques et des plans détaillés de remparts, de villes et de monuments. A cet ensemble de faits s'ajoutent les dessins de menus objets conservés dans les rares collections publiques et chez quelques particuliers. On jugera sans doute ma récolte satisfaisante, bien que je n'aie pas la prétention d'avoir tout vu ni tout moissonné. Je voudrais pouvoir remercier ici les personnes qui ont secondé mes eflTorts et favorisé mes études. Monsieur le Ministre de l'Instruction publique avait bien voulu patron- ner mon œuvre en me chargeant d'une mission (gratuite) conforme au but que je voulais atteindre. A Mayorque, j'ai contracté des dettes de reconnaissance envers S. A. I. l'Archiduc Louis-Salvator d'Autriche et MM. Ernest Canut, ban- quier d'origine française ; E. Estada, ingénieur en chef des travaux publics ; B. Ferra, architecte, directeur du musée ; G. Llabres, directeur du Boletin de la Sociedad archeologica Luliana; Pedro de A. Pena, ancien offi- cier, géomètre, et ses fils; Planes, archéologue; F. Salva y Salva, avocat... A Minorque, l'accueil le plus aimable m'a été fait par MM. F. Cardona y Orfila, prêtre et naturaliste, et par son neveu Pio Vivalta, mon jeune compagnon d'excursions; Pons y Soler, historien; G. Galens (d'Oran); Juan TaltawuU père et fils, banquiers; G. de Saura et M"** G. de Saura; J. Seguy y Rodriguez, directeur de la Revista de Menorca^ et autres. Je dois adresser aussi mes meilleurs souvenirs à M. Juan B. Ensenat, AVANT-PllOPOS. XI de l'Académie de l'histoire, secrétaire général du Jury de TExposition internationale de Barcelone. J'ai donné les ossements humains que j'ai recueillis au Muséum d'His- toire naturelle de Paris, et là, M. le D' Verneau, dont les beaux travaux sur les îles Canaries ont si bien éclairé l'anthropologie du sud-ouest de l'Eu- rope, a eu l'amabilité de les étudier. Sa notice complète mon mémoire archéologique. Est-il nécessaire de dire que je recevrai avec gratitude toutes les obser- vations que les lecteurs voudront bien m'adresser? Mon ouvrage ne peut être utile qu'à la condition de provoquer des recherches et de soulever des discussions parmi les érudits. 5, rue de la Chaîne, Toulouse. MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES CHAPITRE PREMIER BIBLIOGRAPHIE A rorient de TEspagne à égale distance des côtes de la France et de T Algérie, sont situées plusieurs îles que les anciens divisèrent en deux groupes principaux, auxquels ils donnèrent différents noms. Le premier se composait de deux grandes lies. Major (Majorque) et Minor (Minorque), les Gymnésies (rujxvyiGtai des Grecs). Le deuxième groupe, au sud du premier, comprenait deux petites îles et quelques îlots, les Pityusses, (niTuoa. J. Ramis fut certainement l'un des esprits les plus cultivés des Baléares. C'était un naturaliste et un archéologue passionné. Le premier, il réunit en collections les objets qu'il put recueillir. Parmi ses diverses séries la numismatique brillait au premier rang; les autres antiques étaient moins nombreux, mais également dignes d'attention. Le premier il écrivit des catalogues, qui ne furent publiés qu'en partie. Sa famille conserve encore ce qui reste de son musée et de ses manuscrits; des ventes et des négligences fâcheuses ont singulièrement réduit ce trésor. On note dans ces collections et dans les catalogues un certain mélange des objets provenant des îles et de ceux que Ramis avait reçus de l'étranger. De telle sorte que l'on ne peut les utiliser qu'avec beaucoup de prudence et d'hésitation. L'ouvrage « Sur les antiquités celtiques de Minorque » indique par son titre que Ramis l'écrivit sous l'influence des théories alors en vogue en France et qui attribuaient aux Celtes une foule de monuments qu'une critique plus sévère rendit plus tard, à des époques très différentes, à des peuples très divers. Ainsi, égaré par la fantaisie et l'imagination, Ramis ne nous a pas laissé une bonne étude des constructions primitives de son pays. Mais il y a çà et là des* notes très utiles et que les auteurs subséquents devront utiliser. BIBLIOGRAPHIE. 7 A la fin est un catalogue des monuments de Minorque. Ramis signale 195 talayots entiers ou ruinés. L'illustration du volume laisse tout à fait à désirer. Il n'y a qu'une planche figurant deux ou trois objets et un des principaux édifices, la nau d'Es Tudons ; mais ces croquis sont menus et grossiers. Voyage en Sardaigne^ par le comte Albert de la Mabmora. Paris-Turin, 1840, 2 vol. in-8. Antiquités. Atlas. L'auteur s'est longuement étendu dans son deuxième volume (p. 532) sur les monuments des Baléares. Il avait même projeté, dit-il, de traiter ce sujet d'une manière plus spéciale. C'était un bon observateur, ayant acquis de l'expérience par sa consciencieuse étude des nuraghes de la Sardaigne, au courant de toute la littérature. C'est son travail que, dans la suite, la plupart des auteurs ont cité de confiance, et ce sont ses dessins que l'on retrouve toutes les fois qu'il est question des Baléares dans des publications archéologiques illustrées. Le premier il vit l'ensemble des monuments des deux îles, de Mayorque et de Minorque. Il les examina très rapidement durant l'hiver de 1833 à 1834. Sa des- cription de leur mode de construction est exacte. En revanche celle de leurs plans laisse beaucoup à désirer. Il est évidemment enclin à forcer les rapprochements avec les nuraghes, et pour ce motif ses restitutions ne sont guère acceptables. On a même le droit, quand on a plus minutieusement examiné les monuments , de se demander si A. de la Marmora n'avait pas, comme les meilleurs écrivains de son temps, un excès d'imagination. Dans le cours de mon travail, j'aurai l'occasion de le citer plusieurs fois et d'accepter ou de contredire ses indications. Les dessins qui sont réunis sur deux ou trois planches de son album se divisent naturellement en deux séries : les édifices et les petits objets. Ces der- niers sont représentés seulement par des croquis. Mais nous avons ainsi des ren- seignements sur l'origine des objets que j'ai retrouvés en partie dans les collec- tions, où, en général, ils avaient perdu tout certificat d'origine. Note sur l'origine des premiers habitants des îles Baléares, par Boudard : Hovue Archéo- logique, 1855, p. 244, t. Y\ M. Boudard est bien connu par ses études sur les monnaies et l'alphabet ibériens. Après avoir énuméré les textes de l'antiquité concernant les Baléares, il croit pouvoir identifier les Baléares et les Gymnètes, et affirmer que les Gymnètes étaient des Ibères. Il va chercher ses preuves dans le basque : Aballo signifiant 8 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. fpoade et erri pays, les Ibères ont pu et dû appeler ces lies Aballaerri, pays de la fronde. Historia de la hla de Meriorca, por Oleo y Quadrado. Guidadela, 1876. Cette œuvre importante est d'un écrivain local fort estimé. En ce qui concerne les monuments primitifs, M. Oleo y Quadrado a pris conseil de son compatriote M. Juan Pons y Soler. Deux ou trois pages donnent ainsi des observations de détail et des renseignements généraux exacts et consciencieux, mais point de figures. Los lalaijots de Menorcn, lettre de D. Gesareo Fernandez Duro, dans la « Acadcmia », t. 1'', 1877. Récit très sommaire et très vague. Apunisi arqueolôglcos, de D. Francisco Martorell y Pkxa, mises en ordre par Salvador Sampere y Miquel, publiées par D. Juan Martorell y Pefia. Barcelone, 1879, 2!î4 pages, gr. in-8. Il est plusieurs fois question des monuments des Baléares dans ces notices archéologiques. Une d'elles leur est entièrement consacrée sous le titre : « Islas Baléares, lalayots, navetas, altares, etc. », pp. 195-211. Les grottes sont décrites sous le titre: « Sepulturas olerdulanas )),pp. 132-1 i3. L'auteur a naturellement beaucoup emprunté à la Marmora, mais il a fourni aussi bon nombre d'observations personnelles. Il passe d'abord en revue les monuments principaux, et il les décrit avec un soin que n'avaient pris aucun des précédents auteurs. Il donne les mesures, le plan, la vue d'une trentaine de talayots, d'altares, de navetas; ce sont les croquis de la Marmora, quelquefois heu- reusement corrigés. Le premier il publie une carte archéologique de Minorque dressée par M. Hafael Blasco, et je dois dire qu'elle m'a été fort utile pendant mon exploration. Il faudrait peu de chose pour la mettre au point. Coiiribucion al cstudio de los monumcnto^ megalitiro$ iôrrlcos, par Salvador Sampkre v Miquel : dans la « Revisla de ciencias liisloricas ». (ieronc, 1881. L'auteur, sous un titre assez général, s'occupe on réalité plutôt des îles Baléares et de la Catalogne que du reste de la péninsule. Son premier chapitre sur les constructeurs des monuments mégalithiques n'apprend rien. Le second énu- mère les grottes ayant servi d'habitations, les navetas; c'est une série d'extraits de Martorell y Pena présentés avec un peu i)his de méthode. Il en est de morne de la troisième partie : les sépultures, dolmens. L'auteur avoue qu'il ne connaît BIBLIÛGRAPHil'. aucun objet trouvé dans ces monuments. Le cliapilre quatrième : Monumenla et autels, ajoute quelques indications personuclles à celles de Martorell. Viennent ensuite des chapitres sur les monuments commémoratiFs, menhirs, sur les pierres branlantes, sur les habitations autres ([iie les grottes, les talayots. Le dernier est le plus important. Mais c'est encore du Martorell ù peine revu al augmenté. L'au- Port? di! l'enccint' d^Arla, Majorque RMuctioD d'ans graTuro da Dis Baleam in Vi'orl teur enfin se perd dans des considérations peu critiques sur la langue desconstruc. teurs des monuments mégalitliiquos. Die Bmearen in Wurl und liild ijachilderl , par l'ai'clilduc LoL'is Saivator d'Al'THicue. L.-ipzig, 1882-1891,7 vol. in-fol. Ce grand et magnifique ouvrage fut par malheur tiré à très petit nombre, et la série complète de ses lomes ne se trouve guère que dans les bibliothèques des souverains et de quelques capilales. L'auteur a décrit les lies avec amour et à tO MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. tous les points de vue. 11 étudie la géographie, le sol, le climat, la population, les produits naturels, les monuments, les mœurs, le commerce, etc. Sur tous les sujets il a fait appel aux lumières des spécialistes. Artiste lui-même, il a emprunté le secours de graveurs habiles pour reproduire ses dessins, et son texte, écrit en allemand, est merveilleusement illustré. Dans cet ouvrage, le plus luxueux peut- être de la géographie contemporaine, les monuments primitifs tiennent leur bonne place, notamment dans le tome consacré à Minorque et qui est sur le point de paraître. La Arqueologia de Espaha, por el D' Emiuo HObner, x-298 p. in-8**. Barcelone. Le savant épigraphiste allemand consacre quelques lignes seulement aux monuments des Baléares qu'il rapproche, sans entrer dans le moindre détail, mais avec raison, des monuments mégalithiques des autres lies de la Méditerranée, telles que Gozzo et Pantellaria. Il assimile les <' navetas » (qu'il croit spéciales à Minorque) aux édifices que décritSalluste (Bell. Jug.,c. XVIII, 10) :« Ceterumadhuc aedificia Numidarum agrestium,qudB mapalia illi vocant,oblonga,incurvislateribus tecta, quasi navium carinas sunl ». Il termine en notant Tabsence de tout monu- ment identique aux mégalithes de TËurope. Hand'Book to the Mediterranean, par le lieutenant-colonel R.-L. Playfair, 188!2. Londres, John Murray. La notice sur les Baléares est digne de cet excellent auteur. Quatre ou cinq des principaux monuments y sont reproduits avec soin et les notes qui les concernent sont absolument supérieures à tout ce qui a été publié sur le même sujet dans les guides espagnols, français ou autres. Depuis ma visite à Mayorque et à Minorque, plusieurs publications ont parlé des monuments primitifs, notamment le Boletin de la Sociedad Arqueologka Luliana, de Palma, et la Revista de Menorca^ de Mahon. Les unes sont dues à mes aimables compagnons de promenade, qui racontent ce que nous avons observé ensemble. Les autres ont été écrites à propos de mes diverses communications à Tln- stitut (Académie des Inscriptions), à la Société de géograpliic de Paris, au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris. Les auteurs de ces articles, induits en erreur par les comptes-rendus des journaux, m'attribuent quelquefois des idées que je n'ai pas; mais je juge inutile d'insister. CHAPITRE II DESCRIPTION DES MONUMENTS On retrouve les vestiges dos villes primitives sous les forêts d'oliviers sauvages et de lenlisques aux épais rameaux. J ai pu suivre le développement de leurs mu- railles imposantes et retrouver le tracé de leurs principaux édifices. J ai pris plaisir à m'égarer au milieu de leurs ruines grandioses, que dominent des tours énîg- matiques, des pierres levées mystérieuses. Aux environs j ai rencontré des tom- beaux également construits en blocs énormes et suivant un plan défini. Ailleurs sont d'innombrables grottes creusées artificiellement au sein des falaises ou dans la roche tendre qui forme le sol. Examinons ces vestiges en essayant de les classer. LES VILLES OU BOURGADES Un certain nombre de cités antiques couvrent de leurs ruines des territoires bien délimités. Quelques-unes sont intactes; plusieurs ont été visiblement enta- mées par les travaux agricoles, et, sur d'autres points où nous ne voyons plus à la surface des champs que des monuments isolés et clairsemés, il est encore pos- sible, en cherchant bien, de retrouver les traces qui nous prouvent que là aussi furent des centres d'habitation. Ces vestiges disparaissent, et bientôt on pourra dire avec le poète : « Les ruines elles-mêmes ont péri! » Ces monuments, en effet, sont situés dans la partie la plus fertile et la plus peuplée de Minorque et de Mayorque. Les campagnards, dont le zèle est infati- gable, ont engagé contre les pierres en général une lutte incessante et vraiment courageuse. Depuis des siècles, ils épierrent leurs champs, et construisent avec 12 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. ces blocs des murs épais et élevés qui surtout à Minorquedécoupenlles propriétés en une multitude de parcelles. Si vous sortez de la maison de ferme, un homme du pays vous conduira directement soit aux portes ménagées dans ces murailles et fermées à claire-voie, soit aux escaliers rustiques qui, formés par trois ou quatre pierres laissées en saillie, flanquent la muraille et permettent de passer de Tautre côté. Mais si vous traversez le domaine sans guide, vous perdez votre temps à esca- lader les murs, et, à la longue seulement, vous pouvez acquérir assez d'expé- rience pour éviter les écroulements qui vous entraînent et vous jettenl à terre. Les paysans ne se contentent pas d'enlever les pierres qui émergent du sol, ils arrachent péniblement les roches sous-jacentes ; si la terre est trop rare sur un point pour mériter un tel labeur, ils la ramassent avec soin et lapporlent à de meilleurs endroits. Ils sont en somme payés de leurs peines par de magnifiques récoltes. Quand on les a vus à l'œuvre, on comprend qu'ils aient pu attaquer une énorme quantité de ruines, dont il reste ici et là des lambeaux ou seulement le souvenir. Ils ne se sont découragés que devant celles qui ne laissent pas un pouce de terre visible, tandis que cependant une végétation luxuriante s'élance du sein des entassements de blocs et les recouvre d'un feuillage épais. La nature s'est ainsi mise à l'œuvre pour détruire les vieux édifices bientôt après leur abandon. Les vigoureux arbrisseaux de ce climat se sont emparés d'eux. Les racines ont grandi entre les blocs, et, avec cette force prodigieuse dont elles disposent, elles les ont lentement écartés; elles ont rompu l'équilibre des murs, et amené souvent leur chute. On voit très bien sur mes photographies celte exubérance de la végétation, notamment, sur la pi. XVIII, autour du monument principal, la zone boisée qui correspond à la superficie de la ville de Torre-d'cn-Gaimés ^ Les pi. I, II, IV et V montrent quel fouillis de verdure règne à l'intérieur des enceintes au pied des- quelles s'est arrêté le cultivateur. Ordinairement, pour pouvoir lever le plan des monuments, j'ai dû commencer par faire disparaître quantité d'arbres et d'arbustes. Ce n'était pas toujours aisé. A ce prix seulement, des photographies étaient possibles. 1. Mes pliotolypies ont été imprimées avant le texte «le mon travail; je les ai comninniquées à M. Cardona y Orfila, qni a bien vouin me signaler nne suite d'erreurs dans Torlhograplie des noms. 11 ne m'était plus possible de corrifiier les planches; mais dans le texte j'ai tenu compte des bons avis de mon excellent correspondant. Je dois ajouter, pour ma défense, que des cartes géographiques et des publications locales contiennent déjà les variantes que j'avais cru pouvoir adopter. LES VILLES OU BOURGADES. 13 La situation des villes primitives est partout la même. On les rencontre géné- ralement à plusieurs kilomètres de la mer ; il semble que Ton avait déjà cette habitude constante des Baléares actuels, qui fuient les rivages et semblent vivre encore sous la terreur des Maures. L'aspect même de plusieurs villes vient appuyer l'hypothèse qu'elles avaient aussi à redouter l'invasion des pirates. Il en est, en effet, de très bien fortifiées, et la construction de leur enceinte défensive a certainement exigé un plus grand travail que l'édification de la cité elle-même. La petitesse du territoire, où plusieurs centres habités étaient garnis de remparts, semble peu favorable à l'idée que les insulaires auraient vécu sans cesse sur le pied de guerre, en lutte les uns avec les autres. On admettrait plus volontiers qu'ils étaient obligés de se tenir sur la défensive, harcelés par les coureurs de mer, qui ne manquaient pas à cette époque reculée, si l'on en croit les témoignages de Strabon et de Diodore. Mais ces villes closes sont en réalité petites ; elles m'ont fait l'impression de simples lieux de refuges où, à un signal d'alarme, la population pouvait s'entasser et trouver un abri sûr. Ce sont des acropoles, leurs habitants paraissent frères des antiques occupants de la Grèce et de l'Italie, il est naturel qu'ils aient eu les mêmes coutumes. Comme eux, leur premier soin fut de fortifier leurs bour- gades. Minorque est riche en cités bien conservées ; son sol rocailleux et souvent stérile a favorisé la permanence des ruines ; à Mayorque, l'agriculteur a pu les détruire plus aisément. Tantôt, comme à la Vela-de-son-Heroued, près Felanîtx (pi. XXXVIII, a), on a seulement conservé l'enceinte qui limite aujourd'hui un très vaste champ labouré; tantôt, comme à Artâ, l'enceinte de la vieille cité est rompue, mais une de ses portes au moins se dresse encore avec une certaine majesté (voir le dessin ci-dessus, p. 9); tantôt, comme à la Mola-de-Felanitx, il ne reste qu'un côté de grand mur (pi. IV et V) ; à Capcorp-Vell,dans la « marine » de Llumayor, on peut douter qu'il y ait eu jamais de muraille, mais les édifices sont nombreux et couvrent de notables espaces. Là devait être une ville importante. Combien la situation est différente à Minorque ! La plus vaste, du moins en l'état actuel des choses, est dans la possession, dite Torre-d'en-Galmés, au sud d'Alayor. En cet endroit s'étend une colline très peu élevée, mais assez pour dominer au loin la plaine, surtout du côté de la mer. Au point culminant se dressent trois grands cônes, alignés de l'est à Touest, suivant la direction de la colline (pi. XXllI, b); ils se sont écroulés et forment de grands chaos de blocs. Autour d'eux, notamment sur les pentes du midi, 14 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. s'étend la cité, que les champs cultivés pénètrent par d'étroites langues de terre péniblement conquises. Elle ne parait pas avoir été limitée par des murs. Une autre exactement dans le même cas est celle de THostal (pi. VII et VIH), toute voisine de Ciudadela, com- plètement dégagée et déblayée par les soins intelligents de ses propriétaires, M'"*' et M. Gaspar Saura. Bien moins intactes sont les villes de Sant-Agusti et de Torrauba-de-Salort près Alayor, de Benimaimiit près Mahon. A Torellô, à Talati- de-Dalt près Mahon, ailleurs encore, deux ou trois édifices protégés par des circonstances spéciales ont seuls survécu. J'ai observé des fortifications bien conservées sur trois points seulement, tous les trois à l'occident de Minorque : Santa-Rosa, et Son-Carlâ, localités très rap- prochées au sud de Ciudadela, à moitié chemin de la mer, et Torre-Llafuda, à Test de la même ville. LES MURAILLES Ces enceintes, comme celles que j'ai vues dans Mayorque, sont construites avec des blocs énormes, bruts et irréguliers, juxtaposés et superposés avec soin, mais sans aucun équarrissage préalable. Généralement il y a au niveau du sol une assise établie avec des pierres posées à plat : c'est sur ce lit que reposent et se dressent, debout et bien calés, les grands rochers qui forment la base et en réalité la plus forte partie de la muraille. Ils supportent à leur tour des pierres moins volumineuses; à Son-Carlâ il y a un bloc de trois mètres sur trois, et bien d'autres à peine moins volumineux. L'appareil du mur à l'intérieur n'a rien de cette allure cyclopéenne. Il est constitué par des assises horizontales et assez minces de dalles (de 0",40 sur 0",26 en moyenne) superposées à plat. La largeur varie : à la Vela-de-Son-Heroued elle n'est que de 3 mètres; elle atteint 4 mètres à Son-Carlâ, à Santa-Rosa et à Torre- Llafuda. Il ne me parait pas possible d'indiquer la hauteur primitive de ces murs : ils arrivent encore sur certains points à 5 mètres. Les murailles ont des directions variées; elles forment généralement des lignes droites et brisées, dont les tracés ci-joints, approximatifs, car je les ai relevés seulement à la boussole, peuvent donner une idée (fig. i à 3). A Son-Carlâ par exception, des tours flanquent la muraille ; elles sont formées par des constructions massives, pleines, de 6 mètres de longueur sur 2 mètres de LES MURAILLES. 15 dé ent, t< 1res lafud; Dstru vec M du ttt form mètres largeur. L'une d'elles est aux environs immédiats de l'une des portes (fig. 2, G.). Mais il est visible, sur la photographie elle-même, qu'elles n'ont rien de com- FiG. 1. — Enceinte de la Vela-de-Son-Heroued, près Felanitx, Mayorque. Éch. OjOd/p.X. mètre. La partie extérieure de TB est photog. sur la pi. XXXVIII. Fio. 2. — Enceinte de Son-Carlà, Minorque. Échelle 0,0025 p.^mètre. La partie extérieure gg' est photog. sur la pi. XI. Fig. 3. — Enceinte de Santa-Rosa, Minorque. Échelle 0,0025 i).r mètre. Fig. 4. — Porte d'entrée de l'enceinte de Santa-Rosa. La partie EF est photographiée sur la pi. I. inun avec l'appareil cyclopéen et primitif de la muraille : leurs blocs sont menus. Leur date est probablement plus récente, sans qu'on puisse, bien entendu, la fixer. Mais cela suffit pour nous indiquer que les villes n'ont pas eu une existence 16 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. éphémère, et que les causes qui avaient exigé leur fortification primitive exis- tèrent encore longtemps après. Les portes qui les traversent sont très bien indiquées sur mes photographies I, II, et l'une, k Santa-Rosa (pi. I), est encore praticable : haute de deux mètres et large de près de un, elle est accompagnée, en dedans du mur, de certaines constructions qui semblent véritablement avoir joué le rôle de corps-de-garde, (voir (ig. ACB du plan, fig. 3 et 4). A Son-Carlà, deux portes sont visibles; mais là aussi Tenceinte étant coupée sur plusieurs points, nous ne pouvons pas savoir s'il y en avait d'autres et combien. Dans l'enceinte de Torre Llafuda une porte est très bien conservée : c'est celle qu'on voit à gauche sur ma photographie; elle est remarquable par la dalle énorme qui forme son linteau. Elle est obstruée ; mais à quelques mètres de distance, à droite, on franchit actuellement le mur par une poterne étroite, également visible sur la photographie (pi. VI, a) et dont l'an- tiquité ne m'a point paru démontrée. LES CONSTRUCTIONS A L INTÉRIEUR, CAVES MÉGALITHIQUES, ÉDIFICE PRINCIPAL Franchissons l'enceinte. Entrons en ville. Les ruines sont étalées de tous côtés. Aucune voie principale ne se montre. Il semble que l'on communiquait d'une habitation à l'autre par des passages intérieurs. Les gens ont construit comme si l'espace était rare, comme si aucun chariot, aucune bête de somme ou de trait ne devait pénétrer avec eux. Toutes les autres villes m'ont fait à peu près la même impression. C'est seulement à Son-Carlà qu'il parait possible de discerner une sorte de place longue ou d'avenue au centre même de l'agglomération. Les édifices sont variés, la plupart carrés, ou plutôt rectangulaires, aux angles quelquefois arrondis. Ils se distinguent encore nettement. Des pans de murs émer- gent, de plusieurs pieds quelquefois, au-dessus des éboulis formés par la chute de la partie supérieure et de la toiture mégalithique des constructions. Ces cases ne paraissent jamais avoir eu de second étage; leurs dimensions varient de 3 à 8 mètres. Des séries entières sont juxtaposées, et constituent comme un gigan- tesque damier. Çà et là les portes de communication sont intactes, et supportent sur leurs montants peu écartés (0°,80 en général) un volumineux linteau, sous lequel LES CONSTRUCTIONS, GAVES MÉGALITHIQUES. 17 Les murailles de ces édifices sont formées d'assises inégales de pierres posées à plat; celles de Textérieur sont plus grosses que celles de l'intérieur (pl.Vl,B). Souvent la base est constituée à l'extérieur par une rangée de dalles placées sur champ. Celles-ci ont près de un mètre de hauteur; l'ajustement entre elles et avec les pierres qui les surmontent et qui continuent la façade est très soigné. Çà et là une pierre est entaillée à angle droit, et dans cette mortaise vient se loger la pierre voisine, comme on le voit sur la planche XLIl. Nulle part je n'ai vu l'assemblage polygonal régulier. Mais j'insisterai tout à l'heure sur diverses catégories de monuments prin- cipaux et sur les traits différentiels de leur construction. Les édifices dont je viens de parler ne sont pas les plus nombreux : d'autres dominent qui sont moins visibles au premier abord et d'un caractère barbare et pri- mitif. C'est seulement après avoir fréquenté les ruines qu'on les découvre et qu'on en saisit l'importance. Ce sont des galeries surbaissées, des caves qui passent sous les autres édifices, les entourent; qui suivent partout les ondulations du terrain et couvrent de vastes surfaces. Quand on parcourt la ville, on les foule aux pieds sans les reconnaître ; mais souvent un pilier s'est renversé, une dalle a cédé, un trou est béant. On peut descendre et circuler péniblement, mais non sans danger d'être écrasé ou cerné dans les galeries qui tiennent encore debout, mais qu'un choc léger pourrait ébranler. Ce sont, je le répète, de véritables caves, faites sans aucun plan, fabriquées presque toutes avec de grands blocs plats, longs et bruts. Le sol a été nettoyé, ap profondi, nivelé. De deux en deux mètres environ on a dressé des piliers soit mo- nolithes, soit de pierres superposées. Ces supports, étroits à leur base, plus larges au sommet, n'ont presque jamais hauteur d'homme. Sur eux reposent les bouts des grandes dalles du plafond (pi. IX). De faibles portions de ces habitations semi-souterraines avaient été observées par mes devanciers, qui avaient cru à l'existence de monuments spéciaux et isolés. J'ai constaté leur étendue, leur généralité. Si ce sont des habitations, elles sont les plus nombreuses, celles des humbles et des pauvres gens, tandis que les autres que nous avons signalées tout à l'heure, et qui les dominent, étaient réser- vées aux riches et aux puissants. J'ai dû me demander cependant si ce n'étaient pas des bergeries, et alors s'ex- pliquerait leur faible élévation, l",50 à 1",80, en moyenne. Des chèvres, des moutons, des porcs, auraient pu y être entassés aux jours de danger. Mais je ne soutiendrai pas cette hypothèse, bien que je n'aie pas un fait positif à présenter contre elle, 3 18 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. Ces caves sodI, ce me semble, trop oombreuses pour ua lel usage ; elles coustituenl, je le répète, la majeure partie des édifices des villes; elles se relient par des tran- sitions insensibles aux autres demeures. Les plans de plusieurs portions de ces caves (fig. 5 à 9j permettent de saisir l'agencement de leurs piliers de soutènement et de leur voûte. On remarquera que la roche entailléeaformé à l'occasion les parois verticales (fig. 6). Je signalerai Fio. 6. — Torrauba-dB- Salon. Fm. 9. — Llumasiiiel, cuuiie. Les Cuvas ou habiiatiunii mégalithiques de Minorque. Ëch«Ue 0,003°> p. l~,W uu ^. plus loin (fîg. 16, E, cd) des édifices semblables en connexionavec un des grands monuments de Torre-d'en-Galmés. Il m'eût été facile de multiplier ces plans, mais sans aucune utilité, puisque la disposition générale de ces monuments est presque toujours irrégulière, ayant dû se plier à toutes les exigences du sol, des con- structions voisines et des matériaux eux-mêmes'. Il en est tout autrement pour deux autres catégories d'édifices qui s'observent dans chaque ville, et que les antiquaires avaient depuis longtemps signalés, les uns sous le nom populaire de Talai/àt, et les autres sous k dénominatioD savante et erronée à'Altar ou plus rarement sous celle de Taiila. .\ltar veut dire autel. On expliquait en efTet ainsi ces monolillies énormes t. Ces Co vas sonl aoalogues au» cités souterraines fort curieuses qu'un a signalées dans le Puy-de- UAme, dans le Cantal et dans la Lozâre. J'ai visité celles-ci et puis g:u'anti[' la ressemblance pour le détail de la construction et pour l'ensemble. LES CONSTRUCTIONS, ÉDIFICE PRINCIPAL. 19 posés Tun sur Tautre en forme de T, et les piliers que Ton trouve généralement autour d'eux étaient considérés comme un cercle de pierres sacrées : on avait dans celte voie et sur ce thème brodé plus d'une théorie. (Voir ci-dessus, p. 4.) En arrivant à Minorque, je n'avais pas d'autre idée. Mais, après avoir étudié un certain nombre de ces monuments, après avoir dressé un plan détaillé de tout ce qui les avoisinait et comparé leurs plans, je compris qu'on avait fait fausse route et qu'ils avaient une tout autre destination. Ce monument se rencontre dans plusieurs villes, dans les mieux comme dans \Fj^ I Fio. 10. — Plan du monument principal de Talati-de-Dalt. (PL XIII et XIV.) A, entrée actuelle ; P, piliers de la voûte ; S, base du support annexe du pilier central. Échelle 0,005 p. 1,00. Fio. H. — Ruines du monu- ment principal de Torre-Tren- cada. (PI. XXIV et XXV.) AB, façade ; PP, piliers des murs et de la voûte ; S, support annexe de la dalle centrale de la voûte. Échelle 0,005 p. 1,00. les moins conservées, et il ne s'y montre qu'une fois. Les tours à part, c'est l'édifice le plus notable par l'ampleur de ses proportions, le volume et le travail de ses matériaux, l'originalité et la constance de son plan, l'excellence de sa situation. Il a la forme d'un hémicycle. Sa façade rectiligne occupe le diamètre. Elle est dégagée de toute autre construction parasite ou annexe, ce qui n'est pas le cas pour les trois autres côtés. Elle est formée tantôt par un mur ordinaire, tantôt par de grandes dalles dressées et alignées avec soin. Cette ligne de façade n'est pas continue : le mur a des lacunes ; dés dalles manquent. 11 semble qu'il y ait eu là une ou deux portes à peu près symétriques. Mais nous n'avons pas pu discerner ce qui, dans ces lacunes, revient soit aux aménagements primitifs, soit aux altérations accomplies depuis des siècles par les habitants successifs de la contrée. so MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. • U,A - ^^ -jp^jJ--^^ FiG. 12. — Plan du monument de Torre-Llafuda. (PI. XXVII.} PP, piliers encoro debout ou renversés; O, pierre centrale de la voûte tombée sur le sol; AB, pilier:! des murs supportant encore leur couverture ; C, dalle de la voûte fracturée sur un pilier : S, support annexe du pilier. Échelle 0,005 p. 1 mètre. Les angles sont particulièrement établis avec soin ; leur maçonnerie a mieux duré que celle du reste de la muraille. Celle-ci, le long de la courbe, est tantôt ordinaire, avec des assises plus massives en dehors qu'en dedans, tantôt garnie à la base par une rangée de gros blocs debout qui ont la moitié de son épaisseur : ces blocs oiïrent parfois des mor- taises 011 se logent exactement les pierres moins volumineuses de la partie supérieure du mur. De distance en distance de forts piliers monolithes sont ados- sés à la muraille, ou même en- châssés dans sa masse ; ils figurent assez bien, par la direction de leur axe longitudinal, les rayons de Thé- micycle, surtout à Binimaimùt. 11 est facile de reconnaître que le mur arrivait autrefois jusqu'au sommet des piliers les plus élevés, et, sur de rares points, ce mur, encore intact, a conservé les premières d'elles horizontales , qui, se recouvrant et avançant Tune sur laulre, formaient la voûte par encorbellement. Au centre de Thémicvcle est une colonne plus volumineuse et plus haute que toutes les autres, pénétrant profondément dans le sol, et destinée à supporter une grosse dalle rectangulaire. Les deux pierres sont travaillées avec soin sur toutes leurs faces. Quel- quefois, pour mieux consolider cet assemblage en forme de T, la base de la pierre horizontale a élé creusée d'une j^^aine ayant exactement les di- mensions du sommet du supporl, <|ui pénètre ainsi de plusieurs centimètres dans 9 i O-A Fio. 13. — Plan du inonmiuMU (1<> Hiniinaiinui. (PI. XXVI. i A, ontri'o, PI*. pilierK: \\\\. pili«*rs ouoi>re r«»r |iicri-e à biltir, et on a été déterminé par sa présence pour le choix de l'cmpla- criiu-nl d'une métitirie à construire. Ccllc-ci s'est élevée, et le talayot a disparu. Sos (rares existent parfois. Non loin de M.untuiri, Mayorquc, au pied de la métai- rie de Son-Sabo, il ne reste que deux ou trois blocs des murail- les, mais le pilier est encore de- bout fpl. XXXVIIi. Sur le coteau immédiatement voisin, il y a en- core un grand cercle de pierres au niveau du sol : c'est la ran- gée extérieure dos blocs du sou- bassement; au centre, on voit aussi la base de la colonne. Il y avait là un groupe de lalayots. Un d'entre eux, le plus petit, a été transformé en four à chaux, peut-être dès l'époque romaine, dont les vestiges se rencontrent aux abords, a Ia: four à chaux, me disait un membre de la So- ciété archéologique Luliana, est vénlublcmenl le grand mangeur de nos talayots*. » Tous ceux de Palma, quinze ou vingt, ont disparu grilce à lui. n-.-i.oW. [■ iin.-irf-i.ii-i. Les chambres même avec [dusii'urs piliers n'ont pas une grande >urrare. r.elU- d.' San(-.\gusli a bien sept mrhvs sur six. Mais elle est rir^uiaiiv. cl il faut on oulre défalquer l'espace occupé par les piliers. La courbe dos parois commence en général à deux niclrcs do Iiauleur; sur quelques points an niveau du sol. Au demeurant, c'est un fuble cube que rbomme pouvait utiliser. Késullal bien modeste pour un si long travail I Lorsque le pilier central est formé par une maçonnerie vo- lumineuse comme à l'Hostal, la cavité est réduite à un cou- loir circulaire de un à deux mètres de large sur vingt de long et deux de haut. J'ai exa- miné ce monument avec une attention suffisante pour pou- voir affirmer que cette galerie ne donne accès à aucune crypte et ne conduit pas à un étage supérieur : c'est pour elle seule qu'on avait construit le talayot. Celui de Torre-Nova-de- Lozano présente au contraire deux cavités superposées, mais de proportions très inégales. L'inférieure est une chambre ovale de quatre mètres sur six. Quand on y pénètre, on voit, à gauche, dans la paroi, au- dessus du sol, une ouverture qui parait être d'abord une fenêtre obstruée. Nullement c'est l'entrée d'un passage mé- nagé dans le mur et ascen- dant. On le franchit tantôt à genoux, tantôt en rampant; il est douteux qu'il fût autre- fois beaucoup plus praticable. Ce couloir, à deux mètres de son entrée, tourne brusquement et vous conduit sur les dalles qui constituent le plafond de la salle inférieure ; là il s'élargit en hauteur, Fio. 20. — TaUïot de Torro-Noia-de-I.oiaiic près Ciiidail)-!». fidielle 0,005 p. I mètre. (PI. XXXV.) AB, eninte: BC, crypta; E',eucraedu punage murs] ; KO, cry|iM lupêricure 28 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. el, quatre pas plus loin, il est clôturé par la maçonnerie. L'état de ruine de la façade du talayot ne me permet pas d'affirmer qu'il y avait au-dessus de la porte d'entrée une ouverture donnant du jour à cette petite cellule supérieure. J'attri- buerai cependant volontiers à la rupture du linteau ou des montants de celle fenêtre la chute de cette partie de l'édifice. (Fig. 20.) Je n'ai pas constaté ici, comme à Torellô, des traces d'un remaniement de la construction, d'une addition correspondant au second étage. Au contraire, l'édi- fice a été fait tel quel tout d'abord, et on comprend ici l'utilité de l'épais- seur du mur dans lequel on devait établir un passage. D'autres talayots avaient de tels conduits; mais les éboulemcnts ont été, semble-t-il, facilités parl'existeDce de ces vides, et on ne peut pas don- ner une restitution même approxi- mative du monument complet. Un talayot très voisin de la ferme de Biniatzem est dans ces conditions. A sa base, une entrée remaniée donne accès à un corridor courbe et large de 0',90, dont les parois sont dres- sées sans soin. Le long, le sol est d'abord horizontal, puis s'élève par des escaliers successifs et réguliers. Le plafond , formé par des dalles transversales, est seulement à un mètre de hauteur sur le seuil; il s'élève immédiatement à l^.SO et à l'*,40 au-dessus de la première marche. 11 se maintient à cette dislance jusqu'au bout de l'escalier, où il redescend à un mètre. A la sortie, on se trouve sur la plate-forme actuelle du talayot. Son voisin, dit Pou-de-Torn, possède une galerie transversale, mais horizon- tale, où l'on ne peut plus pénétrer el dont les extrémités sont méconnaissables. Plusieurs talayots enfin ont des cavités irrégulières bizarres; on trouvera ici le plan de l'un d'eux, très exactement dressé [lar M. J. Pons y Solcr. (Fig. 21.) J'ai vu un assez grand nombre d'entrées de talayofs pour pouvoir assurer qu'elles se ressemblent toutes et que celle de notre pi. WXVl donne une idée parfaite — TalBjol de FoatsreilonaB. isin de M. J, Ponsj Soler. Or. LES TALATOTS. 29 du type ordinaire. Ces ouvertures, encadrées par de très gros blocs, ont générale- ment une élévation suffisante pour donner passage à un homme debout ou légè- rement courbé. Aucune trace de fermeture ne se montre, aucun travail n'a régularisé les pierres bien choisies qui forment le couloir à travers le mur épais. Mais le plus souvent Tentrée est inaccessible : elle est cachée sous les éboulis entassés au pied du talayot, formés par les blocs d<îscendus du sommet et mêlés aux ruines des constructions adjacentes. Il faudrait, pour la retrouver, enlever ce talus; et peut-être, après avoir accompli à grands frais un gros travail, ne rencon- trerait-on qu'une porte écroulée, tellement obstruée qu'il faudrait renoncer à tenter le déblaiement. Les talayots que les cultivateurs et les ouvriers ont entamés formaient tous des masses compactes et chaotiques. Si à mes observations personnelles j'ajoute celles des témoins de ces destructions anciennes, je puis assurer qu'ils étaient depuis longtemps désorganisés. C'est justement le propre de ce genre de construction que les grands blocs extérieurs et supérieurs surtout, pesant de tout leur poids sur les murs intérieurs, augmentent l'intensité de l'ébranlement qui vient à se produire sur un point, et précipitent alors la chute des voûtes et l'écrasement des galeries. Les murs intérieurs étaient, comme je l'ai dit, assez mal soignés, et leurs maté- riaux étaient de taille relativement menue. J'ai rencontré plusieurs talayots qui présentaient une particularité curieuse et bien embarrassante au premier abord : ils semblaient avoir été augmentés régulièrement de tous côtés. On constate en effet une masse intérieure bien dé- limitée, aux parois bien dressées, et tout autour l'addition d'un mur circulaire de quatre mètres d'épaisseur. J'aurais admis volontiers que la construction primitive avait paru insolide, et qu'on avait jugé utile de prévenir sa chute en la revêtant d'une chape bâtie en plus gros blocs et d'une solidité définitive. C'est l'hypothèse qui paraissait la plus logique en face des talayots de Benicodréll-Nou, de Sant- Agustf, de Son-Moréll-de-Baix (Minorque). Mais, après avoir étudié celui de l'Hostal et tant d'autres, j'ai pensé plus probable qu'il avait existé autrefois une galerie intérieure circulaire, étroite, dont la partie supérieure et la paroi excen- trique ont disparu. Si l'on regarde ma phot. pi. XL, on verra l'un de mes guides à la place même qu'occupait la galerie, et le chien est probablement au niveau du plafond disparu. Que le lecteur remette sous ses yeux le plan du talayot de l'Hostal (fig. 19), et il comprendra la vraisemblance de mon explication. On avait supposé, et c'est surtout le talayot de Benicodréll-Nou qui donnait une base à cette opinion, que des talayots avaient des rampes extérieures donnant 30 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. le moyen d'arriver aisément sur leur sommet, sur leur plate-forme. Or, je n'hésite pas à refuser absolument cette assertion. La rampe du talayot de Benicodréll-Nou et autres n'ont aucun caractère d'ancienneté. Elles sont faites avec des blocs éboulés; elles ont été rendues possibles par la ruine partielle du monument. Encore aujourd'hui des campagnards transforment leur talayot en un belvédère, en un mirador ; on facilite la montée par des rampes ou par des escaliers. Il en était de même dans les siècles passés. Voilà tout ce que j'ai pu apprendre sur les talayots : ce sont des édifices qui, dans un cube formidable de matériaux parfois très volumineux, offrent des cryptes toujours exiguës et de formes assez variées ; la porte est presque toujours au niveau du sol, rarement plus haut. Un petit nombre avait deux étages. L'étage supérieur, sauf dans un seul cas, est tellement démoli qu'on peut le déclarer inconnu. On ne sait si la grande ouverture que l'on observe à la hauteur du second étage, dans deux ou trois talayots, est une fenêtre ou une porte à laquelle on serait par- venu au moyen d'échelle, bien que l'escalade à l'aide des pieds et des mains seu- lement ne soit nulle part difficile. Étudions maintenant la situation des talayots. Dans la ville de l'Hostal, nous en voyons trois placés en triangle, et nous pouvons penser qu'il n'y en eut pas d'autres. Ils paraissent à peu près à la limite des constructions. Je dis ils parais- sent, car je ne suis pas certain que l'agriculture n'ait beaucoup réduit la cité, dont aucune muraille ne vient préciser le pourtour. A Son-Carlé, il y a deux talayots, et il ne paraît pas que ce nombre ait été jadis supérieur. L'un d'eux est à l'intérieur, vers le milieu de la cité. Le plus volumi- neux est au sommet de la colline, contre le rempart, auquel il est rattaché par une sorte de mur circulaire qui enveloppe sa base et par d'autres constructions ruinées comme lui. A Santa-Kosa, on n'en rencontre que deux; mais nous ne connaissons qu'une partie de la ville. Sur l'emplacement de l'autre partie, s'élève une vaste habi tation moderne qui pourrait bien avoir absorbé les pierres de plusieurs talayots. Un des trois est au centre de constructions antiques; un autre est sur le passage du rempart, qui s'interrompt contre lui; le troisième, qui est douteux et pourrait cire un monument d'un autre genre, se voit h droite d'une porte de la ville, inter- calé dans la fortification (voir fig. 2). A Torre-d'en-Galmés, trois talayots se dressent presque contigus au sommet de la colline et par suite au centre de la ville (pi. XXllI). Ailleurs, dans certaines localités où les ruines abondent, où nous avons retrouvé LES TALAYOTS. 31 le plus souvent Tédifice à T, où nous avons le droit de voir remplacement de centres habités, nous trouvons de semblables petits groupes de talayots, jusqu'à six ou sept, comme à Capecorp-Nou de Mayorque, plus souvent deux ou trois, édifiés à des distances inégales. Il convient de ne pas exagérer ma pensée, et de ne pas s'imaginer que partout où il y a des talayots il y eut une agglomération de demeures. Il y a des talayots dans toutes les villes incontestables, et il n'y a pas de monument à T qui ne soit accompagné d'un ou plusieurs talayots. Mais il est très probable que bon nombre de talayots ont été isolés. C'est ce qui ressort de l'examen même de certaines régions où ils abondent, où il y en a vraiment trop pour qu'on puisse imaginer un réseau de centres habités qui les comprendraient tous. Serait-il possible que les talayots eussent préexisté à toutes les constructions et qu'ils eussent en partie servi de points de ralliement? Ce serait ainsi qu'on en trouverait un ou plusieurs par hasard dans chaque ville. J'avoue que je n'ai jamais trouvé de continuité entre les murs de ces monuments et les autres. Bien au contraire, il y a simplement juxtaposition, quelquefois même un changement d'appareil. L'appareil des talayots est différent de celui des murailles, de celui de la plupart des autres monuments que contiennent les villes. De sorte que cette hypothèse de l'antériorité du talayot serait acceptable, et elle est soutenue par mon savant ami M. F. Cardona. Faudrait-il admettre que le talayot ne cessa pas d'être utilisé aux mêmes usages?. On ne sait. Lorsque j'aurai dit que ces monuments ne sont pas toujours placés sur les points culminants du pays, j'aurai terminé le chapitre qui les concerne. Beaucoup sont sur les hauteurs, et, Iwsque le général Ibanez fit la triangulation de l'archipel, il put en prendre plusieurs pour bases de ses opérations. On trouve au sommet des talayots de Torre-Llafuda, de Torellô, etc., les piles de l'éminent géographe. Ces talayots dominent au loin. D'autres, sans avoir une vue aussi étendue, per- mettent de parcourir d'un regard un territoire riche en ruines antiques. Du haut du talayot de Benicodréll-Nou, j'en ai compté dix-neuf autres. Furent-ils inten- tionnellement mis ainsi en rapport? Non. Il faut observer que, dans un tel pays, il suffit de s'élever à peine pour agrandir singulièrement l'horizon. Ce qui est certain, c'est que les talayots occupent aussi les dépressions, légères d'ailleurs, de la plaine. Sommes-nous en mesure de déterminer quelle fut leur destination? Aucun des détails que nous avons relevés n'est significatif ; aucune des hypothèses que l'on a faites ne trouve en eux de confirmation . 32 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES, Nous avons essayé de procéder par élimination, mais nous avons été bien vite aussi embarrassé. Le talayot n'est pas une forteresse : il n'en a pas les conditions élémentaires. Si plusieurs, grâce à leur état de ruine, pourraient être considérés comme des tours dont la plate-forme était accessible par un escalier intérieur, d'autres suffi- samment intacts n'étaient pas bâtis en vue d'une utilisation quelconque de leur sommet, mais simplement en vue de l'établissement d'une crypte intérieure simple ou composée. L'introduction d'un talayot dans le tracé des remparts de Son-Carlâ et de Santa-Rosa n'a probablement pas d'autre but que l'économie d'un pan de muraille. Ce serait l'analogue du fait que j'ai constaté plusieurs fois en France, où des dolmens, c'est-à-dire des tombes de la fin de TAge de la pierre, ont servi à limiter des possessions territoriales, et se trouvent englobés dans les murs mitoyens. La crypte, quelles que soient ses dispositions, est toujours trop exiguë pour avoir abrité plus d'une famille. Ce n'est pourtant pas une habitation ordinaire, puisqu'on n'en trouve que six ou sept au plus dans les cités les mieux déterminées et les plus considérables. Est-ce un magasin? Quelle est donc cette chose de si grande valeur, qu'on élevait pour la conserver un tel monument? Nous avons peine à croire que les trésors, qui étaient en Orient une illusion des anciens archéologues, soient ici une réalité. D'ailleurs, il y en a trop : trouverait-on dans les deux îles près de 600 talayots debout ou disparus du sol, mais non de la mémoire des habitants? Il y en eut davantage. Si je ne me trompe, on peut dire que les soi-disant trésors de la Grèce n'étaient que des tombeaux. Serait-ce ici le même cas? Il est établi par des observations attentives que le talayot ne surmonte aucune cavité souter- raine. Lorsque la charrue a labouré leur emplacement, elle n'y a rencontré aucun débris humain*. On dira que la crypte avait été dépouillée des corps à 1 époque romaine ou plus tardivement, et qu'elle avait ensuite servi à un tout autre usage. Il est aisé de répondre que les monuments funéraires, donl nous n'avons encore point parlé, mais qui existent et que nous distinguons à merveille des talayots, malgré certaines similitudes de construction et de dimension, ont aussi été violés plus ou moins anciennement, et qu'ils n'ont pas perdu, eux, ces vestiges. 1. Ramis dit qu'on y a rencontré des urnes et des os, il ne précise pas davantage. M. J. Pons y Soler observa au fond d'un talayot des silos qu'il nomme funéraires, mais sans l'établir. Ces faits I, Fia. 23. — Coupe e 34 MONUMENTS PRIMITIFS DBS BALKARES. lu mâme forme qu'à la navela d'Es Tudôns. On les appelle <> galères ». Cela prouve qu'il ne faut pas ajouter beaucoup d'imporlauce à la forme de la naveta d'Ës Tudôns, quand bien même il se- rait acquis qu'on a voulu imiter un bateau renversé. Il n'est pas besoin de se mettre à la recherche des idées qui, dans d'autres pays, ont conduit les gens à placer effec- tivement les morts dans une bar- que véritable : de tels documents n'ont rien à voir ici , où nous avons une trop grande somme d'inconnu pour essayer raisonnablement la restitution des motifs, des tradi- tions, des mythes qui régnaient dans l'esprit des anciens habi- tants. La façade de la naveta, la poupe, est légèrement concave. En bas, au centre est l'entrée, qui n'a guère que 0" 50 de largeur sur 0" 72 de hauteur On voit . immédiatement combien elle est différente de celle que nous ont présentée les talayots. Les blocs decetleentréeontlelongdu bord une étroite dépression, une feuil lure qui contourne l'ouverture et permettait l'emboîtement d'une fermeture. Le seuil franchi, on trouve un passage plus élargi , sur tout plus haut; on peut même se mettre droit, et peut-être y avait-il là un vide en forme de cheminée {sb). Puis, vers le troi sième mètre, le couloir est de nouveau rétréci brusquement au- tant qu'à l'entrée. C'est ici le seuil du caveau proprement dil, dont les blocs éboulés ferment le passafie. Mais on peut pénétrer \>uv la brèche du toit, et, 36 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. m'ont donné une impression contraire. Je suis tenté de croire que toutes ces na- vetas se terminaient par un plateau. J'en ai vu plusieurs autres construites suivant les types d'Es Tudôns et de Hafâl Rubi, autant qu'on en peut juger par leurs ruines. Celle de Sanla-Mônica, à Minorque, n'a rien de notable. Il n'en est pas de même du groupe de Calviâ, au nord de Falma (Mayorque). Bien qu'elles soient absolument délabrées, grâce au four à chaux et aux fermes voisines, celles-ci se font remarquer par la présence de zrr:^ Fia. 26. — Une des nau de Calvie, Majorque, a D'apri* la plan drcsié av«c noua \iat M. li. Kerrû. certaines constructions extérieures qui paraissent établies sur un plan analogue et pourraient être contemporaines, comme si, la naveta étant devenue insuflisanle, on l'avait flanquée de cryptes additionnelles, profitant en partie de sa muraille. Des fouilles ne seraient pas trop difficiles : on aurait ainsi le moyen de dresser un plan exact de la bftlisse au niveau du sol, et peut-être, si récrouicment des navetas date de loin, aurait-on la cUanco de rencontrer encore les ossements humains et quelques vestiges industriels. Les navetas sont dos ossuaires. .\ Itufid llubi, l'une m'a livré quelques débris d'os encore déterminables encliAssés dans les joints de ses murs ; l'autre, une quantité d'ossements humains dans un sol déjà bouleversé cf en grande partie excavé par les cultivateurs qui, périodiqucmenl, emportent aux champs le fumier. Le tombeau des ancêtres est une bergerie de chèvres; ailleurs, c'est l'écurie des porcs. Pourtant, dans ces pays où on ne connaît pas le morcellement des terres. LES TOMBEAUX, NAUS OU NAVETAS. 37 les propriétaires sont très riches et pourraient loger autrement leurs bêtes. Mais... les Gaspar Saura sont rares parmi eux. Dans la Nau d'Ës Tudôns, un médecin, par conséquent un témoin digne de foi, assure qu'on recueillit des restes humains. Le vieux berger de Son-Mersé a aussi remarqué des ossements dans le sol de sa naveta, et il me montra un fragment de maxillaire inférieur humain qu'il avait conservé. Il y avait avec ces restes des n bagues vertes », qui furent brisées et perdues. Quand même les ossements ne viendraient pas indiquer à quoi servaient les oavetas, le plan et les détails de leur crypte nous suffirait pour affirmer leur caractère funéraire. Leur analogie avec certaines cavernes sépulcrales des Baléares, du Portugal, de France, est incontestable. On en jugera tout à l'heure. Faut-il ranger dans la même catégorie que les naus, c'est-à- dire sous la rubrique tombeaux, plusieurs monuments qui s'en rap- prochent par certains caractères? Celui de Benigaus-Nou, près Fer- rerias (fig. 27), est formé en partie aux dépens du rocher, qu'on a en- taillé largement; le reste de l'édifice est construit et la toiture est soutenue par de nombreuses colonnes ; la forme générale est celle d'une naveta élargie à l'extrême ; la façade a bien la même concavité, mais la porte ne présente pas l'exiguïté d'une entrée d'ossuaire : je n'ai vu aucune trace de ce vestibule qui caractérise les navetas et les grottes sépulcrales. Ce curieux édifice est maintenant une des maisons rurales : il sert d'écurie aux porcs. Ce n'est pas, certes, la seule fois que mon jeune compagnon, M. Pic Vivalta, et moi avons dû passer de longues heures dans une mare d'immondices, et assaillis par des légions de Pulex irritam. Ici le lever du plan fut agré- menté par la présence de quelques brebis mortes qui remplissaient un des com- partiments de l'écurie (c). Aux rayons du soleil qui filtraient gaiement à travers la voûte démolie du charnier, un gros essaim de mouches variées prenait ses ébats sur les chairs verdoyantes et corrompues I Dans la mêrae contrée, à Binicalsttx, j'ai trouvé un autre monument ayant la 38 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. même apparence extérieure en forme de nau, large et peu profonde : rintérieur est inaccessible. Les ruines sont assez nombreuses aux environs, et j'ai cru y apercevoir une de nos colonnes en T caractéristiques des centres d'habitation. L'arrivée de la nuit et l'approche d'un orage m'empêchèrent d'y séjourner suffi- samment. Je n'ai point parlé, dans la description des édifices, de leur orientation. Il m'a paru bon de réserver ces détails et de les grouper. En efTet, si les directions sont absolument variées, il n'y a aucune observation à présenter, aucune lumière à recevoir. Si, au contraire, rorienlalion est constante pour chaque catégorie de monuments, il y a une explication à dégager, un motif à rechercher, et, en outre, les catégories de monuments sont mieux justifiées. Voici les renseignements que je retrouve sur mes notes. EXPOSITION DE L'ENTRÉE : TALAYOTS ÉDIFICES A T NAVETAS Gudia Gremada, sud. Terre Llafuda, sud. L'Hostal, S.-E. Son Morell de Baix, S.-E. Autre, S.-E. Torre Nova de Lozano, sud. Trebuco, sud. Pou de Torn, S.-S.-O. Benietzem, sud. Benicodrell de Davant,S.-S.-E. Galafi, sud. San Agustf, S.-O. Algaida, S.-S.-E. Heredat, S.-S.-E. Sa Aguila, sud. Binimaymût, sud. Torre Trencada, S.-O. Torre Llafuda, sud. Talati de Dali, sud. Son-Garlà, S.-O. Torre d'En Galmés, S.-O. Torrauba de Salort, est. Sa Torreta, S.-E. Es Tudôns, S.-O. Son-Merce, S.-S.-O. Rafàl Rubi, S.-O. Autre, S.-O. Santa-Monica, sud. Galvia, sud. Autre, id. Autre, id. Benigaus Nou, N.-Ë. En résumé, la grande majorité de tous ces édifices sont ouverts au sud. C'est encore la direction de toutes les maisons de campagne, c'est Torientation naturelle dans un pays où règne le mistral, vent du N.-E., souffle en tempête. Le monument de Benigaus Nou a seul sa façade au nord-est, mais la position était commandée par remplacement du rocher dans lequel il se trouve enchâssé. L'orientation des monuments n'éclaire pas les questions qu'ils soulèvent. 40 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. quelquetois moderoes, soDt presque partout Tréquenlées par les paysans ou occu- pées par les troupeaux. J'appellerai d'abord l'attention sur celles de FHostal, qui doivent le jour aux recbercbes systématiques de M" et de M. Gaspar Saura. On n'a certainement pas oublié qu'il s'agit d'une ville dont les ruines couvrent l'espace compris entre les trois talayots de l'Ilostal, propriété voisine de Ciuda- dela. Les deux photograpbies pi. VU et VIII donnent la vue panoramique prise du sommet du talayot oriental. On remarquera un très grand nombre de grosses pierres : ce sont les soubassements des habitations, qu'il ne faut pas confondre avec les murailles modernes faites avec les menues pierres qui encombraient le Pio. SS. — Plan et eoupM a;i |J, d'un aouMn-AJa de L'HoeUl, prés CiuJwIeU, Uiaorque. terrain. Le sol une fois déblayé, on distingua des dépressions où l'on porta la pioche, et ainsi furent découvertes une série de grottes disséminées dans la ville, et enchevêtrées de telle sorte avec ses constructions qu'il est difficile de douter de leur contemporanéité avec elles. Toutefois, lorsqu'on examine le produit des fouilles, on constate qu'elles furent fri^quenlées aux époques les plus diverses. Les tessons de majoliques, de vases mauresques et romains, s'y mêlent aux po- teries pluH anirienneH. Durant ces occupations successives, quelles altérations ont-elles subi? Cest ce qu'il ue mius est pas possible de reconnaître. Ainsi on trouve & rentrée de plusieurs un palier qui inlonompt la pente du chemin d'accès. Sur cette petite platij-funne s'ouvre un silo du type ordinaire si répandu dans le midi de la Krance, la |>éninHule ibérique et le nord de l'.Afrique, où ces cavités, depuis une très haute antiquité, étaient ou soni i>n usage pour la conservation des céréales. O; silo «st rertalneuieut une (nidiliou bien postérieure aux jours de prospérité de la eit/i. Os n'est Ut qu'un détail qui ne doit pas nous arrêter. l'énétroiis dans les uruHnt. Sum le» trouverons variées, mais seulement dans 4S MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. Si les autres cités avaient été explorées avec soin comme l'Hoslal. elles auraient été trouvées, sans doute, en possession de semblables monuments. Je n'en veux pour preuve que ce qui existe à Torre-d'en-Galmés. Là, aux environs immédiats des lalayots et au milieu des ruines qui les entourent, on rencontre plusieurs grottes ouvertes etdépouiUées. L'une, profonde et grande, doit être mise à part. Elle est immé- diatementau-dessous du mo- n..29.-l*lane.c„.p«»u,-^dune,ro«edelorre. iwi •« qui descendent jusquau sol. Ils avaient sans doute pour but d'agrandir la capacité de la grotte, tout en laissant certaines arêtes saillantes pour assurer la solidité du plafond*. J'ai visité plusieurs de ces grottes sans observer dans leur architecture rien de plus notable. J'ai trouvé des ossements humains, et rien autre, dans le sable qui couvrait leur sol. Étaient-elles toutes sépulcrales? Pour plusieurs cela ne fait pas de doute. Celles qui avaient justement les portes les mieux closes étaient des ossuaires, et il parait difficile de croire à un mélange si intime d'habitations pour les vivants, de cryptes pour les morts. Cette juxtaposition complète existe-t-elle, a-t-elle existé histori- quement quelque part? Je ne connais rien d'analogue, et je n'oserais pourtant pas affirmer que Calas-Covas fût seulement une nécropole. A Mayorque existe, entre autres, une série de grottes infiniment intéressantes : elles diffèrent de celles de Calas-Covas, de Santa-Mônica ; elles se rapprochent de 1. L*entrée, avec son triple encadrement, se voit sur notre phot. XLVII en haut de la falaise, sous • «•J» « m • s LES CROTTES ARTIFICIELLES. celles de Binimaymùt et de l'Hoslal. Une d'elles nous donne véritablement le type pur de ta grotte sépulcrale, point de départ de toutes les variantes. Les grottes de Saint- Vincent de PoUenza, dès longtemps signalées, sont creusées sur le versant sud et vers le sommet d'une colline de molasse tendre qui court vers la baie entre les deux montagnes qui la serrent de près, la dominent d'une grande -hauteur, et vont, en se prolongeant dans la mer, former des caps escarpés. Cinq ou six, en deux groupes et au même niveau, sont ouvertes. Il est fort possible que d'autres soient encore igno- rées sur cette pente rocailleuse, semée de bouquets d'arbres, et qui n'a jamais été as- sez bonne pour le la- bour. Elles ont une entrée fort étroite, qu'on a pu dissimuler aisémentavecunepla- que de pierre et par l'apport de quelques pelletées de terre. Dans le groupe principal elles sont limilropbes, et s'ou- vrent au bas d'un petit lalus naturel devant lequel on a nivelé le terrain (fig. 33, a a). Sur cette plateforme ainsi formée, on voit les traces de cloisons ménagées dans la masse même du roc, puis des trous peu profonds avec rebords qui pouvaient être destinés à recevoir la base de colon- nelles (p). La disposition de ces vestiges montre que les grottes étaient précédées d'une construction dont il nous est impossible de retracer l'aspect et de défmir le but. Une première entrée fort étroite donne accès dans un espace plus large, une sorte d'antichambre. Une seconde porte, boyau de forme allongée, permet de se glisser, presque à plat ventre, dans le caveau ; à droite et à. gauche sont deux niches également munies d'une entrée rétrécie qui pouvait être close. La plaque — Orotlo sépulcralo de Saint- Vin D'aprïa la plan droaad ave it à Mayorque. Coupes et plan k f^. DUB par M. D. Forrà. 48 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. de fermeture était maintenue par des barres dont les bouts s'ajustaient dans des trous pratiqués dans le rocher. Cette dalle, peut-être incomplète, glt encore dans une des cellules. Le sol de la crypte est légèrement en pente vers l'intérieur; au bout est une fosse irrégulière remplie de pierrailles (f), et qui m'a paru relativement récente. La coupe, prise suivant ef, fait voir qu'à mi-hauteur les parois ont une saillie destinée en apparence à supporter un plafond. Mais pourquoi mettre là, si près de la voûte de pierre, parfaitement étanche d'ailleurs, des poutrelles ou des branchages? 11 y a sur le plat de cette arête, mais d'un côté seulement (e), une série de petites cuvettes que je ne m'explique pas. Naturellement on pourrait faire des supposi- tions : je laisse ce soin àl'ima- ■^^^.. ^^^^.p ^P^jP gination du lecteur. M^i> fimrZ^HK Un mot seulement d'une des grottes voisines (fig. 36). Son avant-corps est en ruine et méconnaissable ; elle a pour r^BBwW^KBHPl porte extérieure l'ouverture Fio. 36. - Grotte de Saint-Vincent à Majorque. "^^"^^ ^^ CaveaU. Cclui-ci, coupo et piao au ife. bicu quc symétriquc, diffère de ceux que nous avons vus ; mais il est flanqué de trois chambrettes placées en triangle, et tout le long, en haut des côtés , règne la même saillie que dans la grotte précédemment décrite. Bien que ces souterrains aient été visités depuis longtemps, ils n'étaient pas dépouillés entièrement de leur contenu primitif. On m'a assuré que des fouilles avaient été pratiquées peu de mois avant mon arrivée par un voyageur génois, M. d'Albertis. Il aurait mis au jour une sépulture romaine. Ce qui est positif, c'est que le sol est encore jonché d'ossements humains que je n'ai pas été autorisé à emporter! J'ai cherché en vain un objet qui m'eût donné peut-être une date. Ma déception fut grande. J'avais été frappé des rapports de ces cryptes avec celles que mon ami M. Paul Cazalis de Fondouce a signalées dès 1870 aux environs d'Arles, en Provence, et que j'ai visitées et en partie fouillées avec lui en 1876*. Ces souterrains ont livré des objets de pierre , de cuivre et même d'or, des poteries, des squelettes en quantité. Ce sont des ossuaires du début de l'âge du bronze, dont le mobilier ne diffère pas de celui des dolmens et autres mo- numents mégalithiques du midi de la France. Les grottes de PalmcUa, au sud 1. Matériaux pour Thistoire primitive de riiomme, 1877, p. 441. LES GROTTES ARTIFICIELLES. i^ de Lisbonne, en Portugal, rouillée^ par mon regretté ami M, Carlos Kibeiro, et que j'ai décrites en 1886 ', avaient moins d'analogie avec la grande crypte de San- Vicens qu'avec les autres de cette localité ou de Torre-d'en-Galmés et de l'Hostal. Elles avaient livré un très riche mobilier funéraire de celle période fort longue qui vit la fin de l'Age de la pierre. Les grottes semblables sigiial«5es par divers explorateurs sur plusieurs points du territoire italien étaient à tous égards du même degré de civilisation et non moins bien garnies. Celles des Baléares promettaient autant, et elles n'ont rien livré à mes minu- Fio. 37. — Plan el coupo de la gruiii aiicagne de Cordes, pré» d'Arles. tieascs recherches. Après mon départ, M. Cardona a trouvé, dans quelques autres, plusieurs ga!els dévonicDs quartzeux bien et diversement travaillés, des projec- tiles sphériques en pierre très dure, des pierres de fronde. Mais quel est l'âge de ces objets ! L'identité de plan est, je le répète, indiscutable ; il ne s'agit pas d'un rappro- chement fortuit, la ressemblance se poursuit jusque dans certains détails. Or dans les Baléares le mobiUer funéraire fait défaut. 11 ne parait pas que les lies aient connu un âge de la pierre, nous insisterons à ce sujet tout à l'heure; mais reconnaissons dès maintenant que ce ne sont pas les gens de Mayorque qui ont navigué jusqu'en pays du Rhône et y ont laissé une colonie; la réciproque n'est pas davantage possible. Mais les tombes de l'un et de l'autre pays procèdent 1. Les Ages préliisloriijues de l'Espagne el du PoilugJ. Puris, I8SG, p. 119. 50 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALKARES. d'une origine commune, leur plan répond aux mêmes idées religieuses, aux mêmes rites funéraires. Y a-t-il entre les grottes de Poilenza, etc. , et celles d'Arles une grande difTérence d'âge? et par Age nous entendons un degré de civilisation plutôt qu'une époque déterminée. M. P. Cazalis de Fondouce, malgré la présence de nombreux objets de l'âge de la pierre, hache polie, pointes de flèches de silex et d'os, etc., avait franchement attribué ces allées couvertes de la Provence à l'Age du bronze. Rien ne s'oppose à ce que celles des Baléares appartiennent aussi à ce niveau industriel. Sans doute elles sont creusées dans une roche assez tendre pour être travaillée avec les haches de pierre ou les pics armés d'une pointe d'os; mais toutes les fois qu'il m'a été permis de reconnaître sur les parois les traces de l'instrument qui fut employé, j'ai constaté l'empreinte bien délimitée de l'herminette de métal déjà semblable à celle que les paysans utilisent en- core f(ig. 38), et qui est dans toutes les maisons de campa- Via. 38, — Or. J. Henuiaclle acluellis des Baléares. „ , ... gne. Cependant je n ai pas observé de telles traces dans le caveau perfectionné de San-Vicens. Puisque nous devons terminer par une hypothèse, en attendant la lumière des faits, nous ajouterons que les grottes des lies sont tellement nombreuses' qu'elles doivent correspondre à un très long laps de temps. Je pense qu'on accordera que les lies étaient habitées 1 500 ans au moins avant notre ère ; peut-être ces monu- ments se répartissent sur mille ans et plus. Si nous avions trouvé des vestiges d'un âge de la pierre local, nous aurions pu leur attribuer une antiquité plus con- sidérable. La date du xv' siècle environ pour la plus ancienne établirait un syn- chronisme raisonnable avec celles d'Arles. Mais je ne saurais trop insister sur l'incertitude de pareilles indications*. Dans quelques grottes de Calas-Covas, on a i. n Vous pouvez assurer qu'ù Miiiorque seulement il y en a Lion plus de 1,000; peiil-i'lrR I,jOO, dj looles les époques. » (Lettre df M. Cardona.) i. Je EDuhaite vivement qu'un habitant des tles Baléares se donne la peine et le plaisir de passer en itvno et de nous di'cilre tontes les grottes. Déjà H. S. Cardona m'a écrit ceci : « C'est bien duni- LES GROTTES ARTIFICIELLES. 51 observé des inscriptions romaines du ii' siècle, que M. Emile Hubner a publiées dans sa nolice Monumenlos epigraficos de las islas Baléares'. Neuf d'entre elles se rapportent à certain jour de l'année dans lequel on célébrait là un culte particu- lier. Comme il n'est pas admissible, ce me semble, que les grottes furent creu- sées pour l'exercice de ce culte, ce culte prouve leur très grande ancienneté; les traditions et le mystère qui l'avaient provoqué ne pouvaient être que l'œuvre des siècles. Nous nous trouvons ainsi rejetés bien au-delà des Maures et des Romains, vers une époque préhistorique trop indéterminée. mage que tous n'ayez pas visité toute une ligne horiziinlak de grottes, d'Esl à l'Ouest, à peu près ù (gauche du Barrânc d'en Viden, tout près de San-Cristobal, appelées Ses Covns gardes! Elles ont les portes rectangulaires el les cbanibres rondes, circutnires (thsolumenl, et sont concaves d'en haut, très bien travaillées. Quelques-unes ont deux cliambres, cirrulaires toujours, la dernière ou intérieure d'un plus petit diamètre, avec sa porte rectangulaire aussi et plus piilite. Tout est régulier et géométrique dans ces cbarmantes grottes. >. 1. Botetin de la Real Academia de tu Histotin, t. XIII, c. \i, 1888, p. Wi. Tainjot carra de Cspccorp-V?y, Uajorquc. R*dacl1aa d'uni grivore d* Die Baalven in Won und Bild gocbildarl. CHAPITRE III LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES Je dois dire, avant tout, que j*ai trouvé peu de choses par moi-même. On sait déjà que les grottes sépulcrales étaient vides, et qu'il n'y a pas lieu de faire des fouilles systématiques dans les autres monuments. Ceux dont Tintérieur est ac- cessible sont absolument dépouillés de tous débris antiques. La plupart de ceux qui sont en ruine sont dans le même cas, ayant été fréquentés après la fin de la civi- lisation qui les vit construire. Les recherches pourraient être le plus souvent sté- riles, et la dépense serait bien au-dessus de la fortune d'un modeste archéologue. Il faut se borner à intéresser les paysans aux reliques semées dans leurs champs et que leur pioche peut mettre au jour : c'est à eux qu'est due la trouvaille des objets jusqu'ici conservés grâce à l'intelligence de quelques propriétaires et des sociétés archéologiques locales. Il faut surveiller aussi les excavations faites pour les tra- vaux publics, les routes nouvelles notamment. J'ai jugé du réel intérêt que porte à cette recherche le haut personnel des travaux publics; mais donne-t-il aux agents subalternes des instructions suffisantes? Le mot d'ordre devrait être: « Observer, recueillir et signaler immédiatement aux chefs ». Il faudrait pro- mettre des gratifications aux inventeurs. Je sais bien que dans un sol labouré depuis si longtemps et si bien exploré depuis quelques années les chances de découvertes deviennent rares. On ne pourrait plus espérer former aujourd'hui une collection comme celle que put et sut réunir Ramis au commencement de ce siècle; mais avec un bon réseau d'observateurs on arriverait encore à un résultat satisfaisant au profit des musées de Palma et de Mahon, qui n'auraient pas le sort toujours incertain des collections privées. La collection de M. Juan Pons y Soler, à Mahon, nombreuse, bien étiquetée et inventoriée avec détails, très soignée, est le fond dans lequel j'ai trouvé le plus V Si MONUMENTS PRIMITIFS DES BALKARES. de documents précieux. Elle fut commencée il y a longtemps déjà avec une com- pétence parfaite. Silex taillés. — Aucune hache de pierre ne m'a été présentée ; aucune n'a jamais été signalée. Or les recherches d'antiquités ont été réellement minu- tieuses : on trouve dans les collections quantité de pierres ouvrées, halles de fronde, broyeurs, etc. ; on peut considérer comme faite la preuve de l'absence de la civilisation que caractérise ailleurs la hache de pierre. Les tics Baléares au- raient pu connaître un âge de la pierre à physionomie locale : aucune trace ne s'en est montrée. Les sondages que j'ai eftectués dans les grottes naturelles les mieux situées, et qui, sur le sol français, eussent eu certainement des vestiges d'une occupation primitive dans les deux sens du mot, ont été infructueux. Un barrànc voisin de San-Adeodato contient une caverne splendide qui s'ouvre lar- Fio. 39. — Silci Uillé d« MsTorquc. Or. ;. gement comme une nef de cathédrale et pénètre profondément. C'est la Cueva-den- Coloim, ainsi nommée à cause des nombreuses colombes qu'on y attire avec de grands feux et qu'on y massacre aisément. Le propriétaire, M. le baron de Las Arénas, a fait exécuter une route pour monter depuis le fond du barranc. Cette voie coupe profondément jusqu'au roc les couches entassées à l'entrée; elles n'ont livré aucun os, aucun objet. La première et principale galerie est au contraire un vaste cimetière, où j'ai recueilli, avec des ossements, maints tessons d'une poterie de pâte primitive, mal cuite, rouge et noire, pétrie de grains blancs, fragile, ornée de pointillés en creux, de lignes en relief, de chevrons tracés au lissoir, mais de formes très variées et qui m'ont paru se rapporter ordinairement au style de la céramique mauresque. Il y avait avec ces fragments de vase des objets de fer très décomposés. Nous sommes donc bien éloignés de l'âge de la pierre. En fait de silex travaillé, j'ai vu trois tronçons de lames ou d'éclats sans ca- ractère (collection de M. Planes) et une plaquette étroite et longue, bien taillée, au tranchant analogue à celui d'une scie, peut-être une lame de poignard, une tète de lance, un outil (fig. 39). Mais on sait que les silex taillés sont demeures en LES OBJETS, ARMES. PARURES, USTENSILES. SS usage pendant que l'induslrie du cuivre et du bronze avail déjà pris un certain développement. Cette unique pièce ne peut donc suffire à prouver l'existence d'un âge de la pierre. Elle a été recueillie dans le termina de Sanla-Eugenia à Son- Estelrich, dans les ruines d'un lalayot, assure-l-on. En étudiant naguère les trouvailles de M. Schliemann au Muséum fur volkerkunde, à Berlin, j'ai été frappé de l'analogie des silex taillés d'Ilios avec celui-ci. Qui sait s'il n'y a pas entre eux quelque parenté, si je puis ainsi m'exprimer? Pierres de fronde. — On connaît la réputation des anciens Baléares : tous les textes s'accordent à louer leur supériorité dans le maniement de la fronde, et c'est au titre de frondeurs qu'on les voit fifjurcr dans les armées de Cartlmge et de Rome. Encore aujourd'hui, les bergers sont munis de leur longue pmsetja de chanvre tressé. Les plus adroits chassent avec elle le lapin. J'ai vu l'un d'eux toucher à iOO mètres le but que je lui avais désigné. .Vu besoin, la pierre est projetée beaucoup plus loin, et l'on comprend dès lors que .Métellus, lors de son débarquement, ait eu ses matelots tués à bord de ses bateaux, jusqu'à ce qu'il les ail protégés au moyen de grandes peaux étendues au-dessus du pont, premier emploi des navires cuirassés. Les frondeurs modernes emploient les petites pierres des champs, choisissant celles dont la dimension est d'environ H centimètres. Ce projectile est posé sur le milieu de la passelja, qui se trouve divisé, sur une longueur de 15 centimètres, en trois tresses plates. Il n'est pas nécessaire de le faire long- temps tournoyer. A ma vive surprise, deux à trois tours suffisaient à donner la vitesse voulue; le frondeur lâche un des bouts delà fronde, qui, tandis que ta pierre part, vient s'enrouler autour du corps en claquant comme un fort coup de fouet. Il y a dans les collections, et j'ai ramassé dans les champs, aux abords des ruines antiques, un certain nombre de pierres du volume d'une orange et plus petites, assez grossièrement arrondies'. Ces boules passent pour être les pierres de fronde des anciens Baléares. Il est permis d'hésiter avant d'adopter cette opi- nion. Croit-on vraiment qu'il était utile de travailler les pierres de fronde, du mo- ment qu'on ne leur donnait pas ces formes allongées des balles de ]ilomb romaines ou des balles de stéatite des Kanaqucs néo-calédoniens ? J'ai consulté les frondeurs I. Encore un extrait d'une lettre de M, Cardoriav Uriila : « J'en m ri*cui:illi une seule fois 4(.i, trh sphiriques, du diamètre de ;i'2 millimètres jusqu'à 12 ceiitiiiiÈtres, dans le sol d'une ii.-Lbilatiuii mégalithii[ue qu'on arrachait devant mes yeux. Parmi ces nombreuses spliùics, il _v avail di's cemli-rs et aussi un petit instrument en hron^e que j'ai emporte. Aujuurd'liui j'en posaiide plus de cent de 1 i 8S MONUMENTS PRIMITIFS DES BALËARES. actuels : Us n'ont pas saisi l'inlérêt de ce travail, et les essais faits sous mes yeux ont donné l'avantage aux pierres simplement choisies. Je dois dire pourtant que les vieilles boules, Irop volumineuses pour l'habitude d'aujourd'hui, pouvaient être plus aisément maniées par des Trondeurs robustes et tenus en haleine par de constants exercices. J'imagine qu'un jour de bataille la consommation des projectiles devait être énorme, et je serais surpris si l'on avait eu une réserve suffisante de ces boules, ayant, en somme, demandé un long travail de préparation. Meules & broyer les g;rain8. — Ne serait-ce pas plutôt des broyeurs h. main, destinés à concasser les céréales? Pour des projectiles on eût employé la pierre du pays, ordinairement assez tendre pour être facilement ouvragée, toujours assez dure et assez pe- sante pour casser la tête à l'enne- mi. Or, ces boules sont parfois fai- tes avec des roches étrangères au district, et venues sans doute de la région seplcnlrionale, où les ter- rains sont anciens et variés. Elles ont ainsi les qualités voulues pour ne s'écraser qu'à la longue, elles traces de travail qu'elles offrent pourraient n'être que le résultat d'un long usage. On dirait nos percuteurs et nos broyeurs de l'ilge de la pierre. Enfin ce qui me détermine à conclure dans ce sens, c'est que plusieurs ont les facettes usées qui coïncident avec les surfaces de friction, la boule étant tenue à la main'. Les grosses meules se rencontrent dans toutes les ruines de Minorque. Elles I. M. Cardona, éclairù par des ol'SCivulioiii posUiieurcs aui miennes, urrJve ù dos conclurions diiréreiites, (]ue je me fais un devoir de citer : n Pour concasser des céréales, on avail recours à d'autres formes, toujours en pierre très diire du Nord et dont j'ai un bon nombre d'échantillons. Les boules splicriqocs sont loujonrs en calcaire blanc, compact, de notre miocène moyen, facile à tra- vailler. Il M. Cardoiia me p.'rmcttrik d'insister ! mes boulos ne sont pas toutes eu calcaire tendre. Fin. tl a,bcX 42. — Uculoa de Hinurquc. i LES OBJETS, ARMES, PARURES, UBTEiNSILES. 57 se distinguent immédiatement par leur couleur rougeâtre des autres pierres, qui sont grises ou blanches : la plupart sont de grès bigarré, quelques-uns sont de poudingue du dévonien moyen, enfin un pelil nombre de poudingue du trias. Toutes ces pierres proviennent évidemment du centre et du nord de l'Ile. Une seule est faite de granit, et M. Cardona ne connaît pas cette roche dans l'tle. Les figures 41 et 42 montrent leurs formes les plus ordinaires. La saillie dorsale qui, dans de très rares exemplaires, se prolonge aux extrémités en forme de poignée (fig. 42) indique bien, par ce dernier détail, qu'on les maniait à la main; mais leur volume et leur poids m'ont paru en général trop considérables pour qu'un seul opérateur ait pu les promener aisément sur la meule dormante. 11 ne m'est pas difGcile d'imaginer un tel ustensile en action, aux mains de deux femmes, par exemple. Si parmi les nombreux moulins primitifs employés autrefois ou aujourd'hui , il en est de semblables à ceux des Baléares , je n'ai pas su les découvrir. Leur présence dans les ruines est si générale, elles y sont si abondantes, que j'aurais peine à douter de leur eontemporanéilé avec les grands monuments. On les appelait amolom, aujourd'hui moions simplement. Céramique. — C'est une vérité banale que la poterie est, après la pierre, le témoin le plus universel et le plus durable des civilisations disparues. Des tessons de tous les temps se rencontrent dans les champs voisins des monu- ments Baléares.Les fragments des cruches modernes, des plats de la Henaissance, des alcarazas mauresques, des vases rouges et noirs latins et grecs, gisent pèle- mèle dans les sillons. Toutes ces poteries étaient solides, aussi indestructibles qu'un caillou. Il y a aussi des morceaux de poterie faite à la main, pétrie de gra- viers, mal cuite, rougie en partie seulement par le feu à l'air libre, et dont nous ne recueillons que des bribes : ce sont les restes de la céramique dont la grotte des Colombes renfermait les spécimens les mieux conservés, ou bien une aulre que les collections nous ont révélée. L'ancienneté de celle-ci n'est pas douteuse : à tous les caractères de la pâte elle joint ceux de la forme, et se montre absolument ori- ginale. Ces vases sont de petite taille: parmi les deux douzaines que j'ai examinés, le plus petit a i centimètres de haut, le plus grand 12. Ils sont légèrement coniques, et le fond, au lieu d'être à la base, se trouve relevé jusqu'au centre (fig. 13 et ii et autres) ; ils sont ornés de dessins en creux ou d'appendices en relief, mais seulement d'un côté. Cette face ornementée est ordinairement garnie d'une sorte d'écusson, soit en relief, soit délimité par un cordon seul proéminent. 58 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. Les fig. 45 à 54 rendent inutile une description plus minuUeuse. On notera que les provenances de ces vases sont très variées. On est surpris de leur très faible capacité : la moitié ne peut guère contenir plus de liquide qu'un godet d'aquarelliste, et l'on peut se demander quel était leur usage. D'ordinaire, en pareil cas, les archéologues ont l'habitude de dire : « Ce sont des objets votifs » , ou bien : <- C'est une céramique \ Fio. *3. — Coupe dii - Coupe du ïale|fig. i8. ■c de Minorquo, Gr. \. Collecdoii l'ona y Soler. funéraire ». Mais cela ne nous avance guère, il faudrait d'abord des preuves. On pensera peut-être que ces vases sont les plus petits de ceux du même type qui étaient en usage; qu'ils se sont mieux conserves à cause de leur plus grande facilité à résister aux accidents. C'est possible; mais, dans la cité de l'Hostal, les fouilles ont mis au jour des vases de toutes les dimensions et de volumineux LES OBJETS, ARMES, PARURES. USTENSILES. 5EI fragments d'urints ; notre type s'y trouve avec son formai normal : aucun tesson plus grand ne lui appartient. Ce type enfin paraît spécial à Minorque. Voici quelle serait, en revanche, la céramique primitive de Mayorque dans l'étal actuel de nos connaissances: Ce sont d'abord des vases à forme spliérique, et par conséquent destinés à être suspendus. Ils sont munis, en effet, de petits mamelons perforés tantôt vertica- lement (fig. 55), tantôt tiorizontalement. Dans un spécimen, les deux directions existent alternées ainsi. Le nombre de ces anses minuscules varie de deux à neuf. Ces VQses, venus de diverses localités, et notamment de Sitjoles, près de 60 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. Llumayor, sont tous remarquables parleur faible épaisseur. La pâte est celluleuse, noirâtre, inégalement cuite, assez bien ouvrée cependant pourqu'on hésile d'abord à croire qu'elle n'a pas été tournée. Aucune ornementation ne s'observe à la surface. D'autres en forme de pots à fleurs sont fabriqués avec la même poterie. Va(C9 en lerro de Uînorque. 0. J. Collection Pons y Solpr. (Collection de M. Planes). A Vista-Alegra, en démolissant un lalayot, on mil à découvert au milieu des blocs de l'assise inférieure, et dans des conditions qui paraissent affirmer la même antiquité, des traces de foyer, des os non étudiés et perdus, deux petits pots l'un dans l'autre. Leur pâle, remplie de sable, non tournée, irrégulière, a tous les caractères ordinaires d'infériorité. On les pren- drait volontiers pour des lampes, bien que dans le plus grand il n'y ail aucune interruption dans le rebord en face de l'appendice en forme de bec. Un troi- sième vase du même gisement est muni d'une sorte de poignée courte et trapue. LES OBJETS, ARMES, l'ARURES, USTENSILES. 61 Évidemmeot celui-ci n'a rien de commun avec une lampe, mais il a des analogies avec les petits vases précédents, et fait ainsi douter qu'ils aient eu eux-mêmes celle destinatioD. L'appendice, avec sa dépression légère, pourrait n'être qu'une poignée très réduite, une imitation de poignée. (Collection de M. Moragues.) Visla-Alegra possédait un groupe de talayots qui, au nombre de quatre ou cinq, étaient groupés dans une enceinte. Çà et là, autour d'eux, étaient des squelettes, en assez grand nombre me dit-on. Malheureusement, en dehors de ces trois vases que renfermait le mur du plus grand talayol, rien ne fut ramassé. La collection de M. Michel Costa, de PoUenza, a été formée de pièces rccueil- - Vase de Mavorqiin a lies pendant le défrichement de sa possession Can-Xanel, termino d'Alcudia. Les talayots y étaient nombreux, et ont la plupart disparu. On ne sait pas l'origine précise des objets. Les vestiges romains sont là plus abondants que sur tout autre point des lies, car c'est à Alcudia qu'était le principal et très riche établissement des envahisseurs. Je pense que les bronzes qu'on trouvera dessinés plus loin appartiennent réellement à une époque plus reculée. Les habitants des lies, lorsque les Romains arrivèrent, avaient encore leur industrie particulière, comme leurs mœurs et leurs coutumes ; peut-être, car en cela nous sommes réduit à faire des conjectures, avaient-ils peu subi les influences étrangères, grecques, phéni- ciennes, etc. : tel objet qui est d'une industrie archaïque n'a pas toujours une date ancienne. En outre, l'industrie romaine ne remplaça pas brusquement l'in- dustrie locale ; de sorte que nous n'avons qu'à présenter sans commentaires les spécimens les plus intéressants. En fait de poterie, ce sont des vases et un frag- 62 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. ment orné : l'ornementatioa de ce tesson est limitée et complète ; elle a évidem- ment un certaine analogie avec celle des vases à écussons de Minorque. Les vases sont en forme de pots à fleurs de petites dimensions, non tournés, mais lissés avec soin. La pâte tantôt est grossière, tantôt plus fine, rougeâlre et mieux cuite. Olyets de enivre et de bronra. — Si je classe les objets de métal comme s'ils appartenaient à la France, à l'Espagne ou à l'Italie, il Taut mentionner d'abord deux petites perles longues (fig. 56} ; elles sont identiques à celles de la fin de l'âge de la pierre. Sous la même forme, il y avait déjà depuis longtemps fio. 56 cl 51. rer1«s de cuivre, Minorque. Cr. Colloc^on Ram 14. Fio. 58. Bracelcl d« cuivre, Hinori|ue. Cr. J CoUcction Itamis. Fjo. 59. Bracelets de bronze du d'Alcudiï, Mayorque. Or. des perles de jayet, de calcaire, de roches vertes et autres. Lorsque le métal arriva pour la première fois, on fondit des perles, des pendeloques, suivant les exigences de la tradition. Ces deux objets de cuivre suffiraient à nous donner une date et confirmeraient ainsi les indications suggérées par le plan des grottes sépulcrales et par plusieurs autres faits. Malheureusement leur origine n'est pas précisée, pas plus que celle des autres pièces de la collection Itamis. LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES. 63 Un bracelet de Minorque est un simple lil de cuivre terminé à chaque boul par une boule (fig. 58); d'aulres de Mayorque sont des fils pliils, ronds ou semi- ronds arrangés en spirale (fig. 59 à 61). De pareilles spirales plus petites ont été également rencontrées dans les mêmes gisements du tcrmiuo d'Alcudia. Ces parures ont les plus grands rapports avec celles du sud-est de l'Espagne et qui appartiennent à l'aurore de l'âge du métal, ainsi qu'il résulte des admirables décou- vertes de MM. Siret. On sait que ces habitts archéologues belges ont pu '■' "- - Aim.au de i.ro.,i- ,i, sanufe^y or. ;. constater souvent que les pendants d'oreille et les bracelets affectaient cette même forme de fil en spirale et étaient même quelquefois de même grandeur. Un exemplaire de la collection Michel Costa et UQ autre de la collection Sureda sont enfilés dans un anneau irrégulier, formé négligemment d'un simple bout de fil (fig. 59) : ce fait reproduit deux fois a sa valeur. L'anneau de- vait sans doute retenir quelque pendeloque, peut-être une amu- Iclte que le temps n'a pas épar- gnée. De Can-Xanet et de Monte- Toro à Minorque viennent des bracelets différents de ceux-là : ce sont de gros anneaux, dont la tige à l'extérieur est bombée et plate à l'intérieur ; leur âge est incertain. 11 en est de même d'un anneau de Santagny (fig. 62) : si c'est un bracelet, il ne pou- vait appartenir qu'à un enfant. LaMarmora signale (pl.XXXlX) une pièce identique qu'il assure provenir du talayot dit Son-Texeguel, près Lluc- Major (Minorque), ainsi qu'un disque pareil à celui de notre figure 79. Deux pièces seulement rentrent dans la catégorie des colliers. Dans l'un, de la collection Ramis,latige est ornée de traits gravés; les deux extrémités se terminent par un léger renfiemeut aplati et perforé ; ce qui constituait le fermoir n'existe plus. de poitrine. Gr. U MUNUMENTS PaiHlTIFS DES BALEARES. L'autre, de la collection Pons, est origÎDaire de Minorque (fig. 63) ; mais on se souvient d'une semblable trouvaille faite dans les ruines d'un lalayot près Saintc-Marie,JLMayorque. Cet objet, volumineux et très lourd, est-il réellement une parure du col et de la poitrine? Cela me parait probable, parce que les dimensions ne s'y opposent pas, et surtout parce que nous connaissons des pièces semblables dont l'usage est mieux déterminé; on les conserve notamment dans les musées de ^J^g* Fia, 64. — fcpingic (?) en bmntc, Majorque. Or. (. CollecLion Sureda. Vienne et de Berlin. Il est curieux de trouver pareille analogie à si grande dis- tance; mais ce lien entre l'Europe centrale et tes Baléares reste, comme d'autres faits, sans explication. La longue tige de la collection Sureda (fig. 64) doit-elle rentrer dans la caté- gorie des parures? L'épingle, si c'en est une, au lieu d'une pointe présente une spatule plate et perforée, à laquelle s'attachait probablement une pièce perdue Fia. 66. I, Uonte-Toro, Minorque. Or. |. CoUeclioa Pona j Soler. ou ajoulis ornemental faisant pendant à la tête discoïdalc. Un tel objet peut très bien trouver place dans une coiffure. Je n'ose pas donner une haute antiquité à la boucle que montrent de tous leurs côtés les figures 65 à 67. Sa surface extérieure avait des bandelettes, de métal sans doute, qui ont disparu avec le temps, après avoir laissé une durable empreinte dans l'oxyde du bronze. Un second exemplaire identique vient d'une LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES. En fait de fibules, rien de bien ancien, des formes romaines et connues dont je donne néanmoins le dessin (fig. 68). Quant à la petite bacbette bipenne de la figure 69, je n'affirme pas davantage son âge. On peut, je pense , la placer parmi les parures. Elle a peut-être formé la tète d'une épingle ou une perle de collier, lin exemplaire vient d'Alcudia, Mayorque (CoUoclion Micbcl Costa), un autre de Minor- que {Collection Pons.) Fio. fiO. Armes et Outils. — Trois i,nJtatioD de iiaci.ntc. or. nm bâches de métal ont été re- cueillies : deux peliles et plates, du type le plus ancien de l'Age du bronze (fig. 70) ; une qui est au contraire du type le plus récent (fig. 71). La Marmora assure que celle-ci (ou peut-être sa pareille, je oe sais, le dessin de Ramis étant par trop sommaire) fut trouvée dans un lalayot. Avec les premières marchent les lames de poignard triangulaires et très minces a MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. dont il y a aussi de rares spécimens. L'une (fig. 72), bien complète, avec ses trous il rivets et la trace du manebe très nette, futtrouvée avec sa voisine (fig. 73} Lames de poignunl en cuJTre.Or. {. Majorque, Collection Moragues. Laiii^es en bronze (ï| Hinorque. Qr. }. Collection Pons. à Son-Morogues, près Valdemosa. C'est en faisant sauter des rochers qu'on les mit à découvert. Un troisième exemplaire, plus long et plus élégant, fait PoÏDlei i douille en bronio jni F:o. 71 et 18. Santa-Agueda, Minorque. Or. \. CoUeclîon Pons. par(ie de la collection du château de. Itatxa près de Palma; mais il ne figure |ms nu catalogue, pas plus que les autres objets de provenance mayorquine; on a l'a plus d'égards pour les antiques ou les soi-disant antiques venus d'Italie. LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES. 67 La même collection et surtout celle de M. Pons renferment des têtes de lance à douille d'un type assez particulier et qu'on retrouve en Sardaii^ne et dans le monde grec (fig. 75). D'autres pointes {fig. 74 et 76) sont semblables à celles qui abondent un peu partout au nord et à l'occident de la Méditerranée. Les pointes les plus originales sont celles dont M. Pons pos- sède une série : ce sont des tiges grêles à base creuse (fig. 77 et 78); la plus longue a 18 centimètres de longueur, la plus petite 6. Ce sont sans doute des bouts de flèches. Lingots. — Deux petites masses de bronze recueillies à Son-Gornessel près Ferrerias, Minorquc, me paraissent ren- trer dans cette catégorie (fig. 79). Ce n'est pas au hasard que j'ai employé ça et là les mots bronze et cuivre. J'avais pris des parcelles d'une partie des objets, et les analyses ont été faites dans le laboratoire de mon ami M. le D' Garrigou, à Toulouse. Olyets indéterminéB. — Une longue tige de bronze, de 0*°,90 de longueur, s'est rencontrée près de Fornélls, dans une crevasse de rocher, auprès d'un squelette humain. Elle n'est pas pointue, et elle présente, à peu de dislance d'une extrémité, un appendice en forme de crochet. On dirait une broche de rôtisseur. Trois disques, munies d'un côté d'une protubérance cen- trale en forme de bouton pointu, de l'autre rôle d'une anse en relief (fig. 80). Un des exemplaires, collection Moragues, est orné d'un léger rebord sur tout le pourtour, el, en outre, il reste un anneau irrégulier en fil de cuivre passé dans l'anse. Ce sont évidemment des pièces décoratives, que dans le matériel gaulois on prendrait pour des phalères de chevaux. Mais je n'ose, à Mayorque, m'ex- primer ainsi. Absolument énigmatiques sont quatre pièces des collections Pons et Hamis. La fig. 81 me dispense d'en donner une description minutieuse et difficile. Leur grandeur varie du simple au double. La corne de l'une des grandes (fig. 81 , a) est arrondie, intacte, et semble indiquer que dans les autres exemplaires ces bouts n'ont pas été plus longs, bien qu'ils paraissent tronqués. Cela m'empêche de croire que ce sont des anses ou poignées de vase. La concavité de la partie Lingots de broii7i. Minurquc Or J Colle cuon Pons y Soler. 68 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARKS. élargie et qui fait un peu ressembler la plus grande à une cuiller n'existe pas dans les quatre spécimens. Naturellement Ramis a une explication toute prête : A ^ Fia. SO. — Disque en bronze, S mUgiif i?) tlayorque. Or. ]. Collcclion Suraila. ce sont des iuslrument3 qui servaient aux druides. Il nous dit, et ceci a plus d'intérêt pour nous, que l'un de ces objets fut trouvé dans un talayot à San- Qlijets lie liroiiie. Colleclion Pons y Solcr Thomas, près Alayor, Minorque. M. Pons a également recueilli l'un des siens près d'un talayot à Benicodrell-de-Baix. J'ai remarqué dans la petite mais intéressante collectioD de M. Moragues une mince plaquette de plomb vraiment curieuse (ftg. 82). Mon dessin donne, je crois, une idée suffisante de rornemenlalion d'une face, mais l'autre est plane, LES OBJETS, ARUES, PARURES, USTENSILES. 69 sauf trois petits mamelons en forme de losange qui sont alignés au milieu de la partie supérieure, derrière les anneaux concentriques du centre. Une pièce tout à fait semblable pour la forme, mais non pour l'oracmenlation, est figurée par la Marmora (voir sa pi. XXXIX, (ig. 4). Il prétend qu'elle provient d'un lalayot dit Son-Texeguet , près Lluc-Major (Minorque). I! l'attribue à l'industrie phé- nicienne et croit qu'elle représente une peau de tête de bœuf. II l'avait vue avec quelques autres pièces, dans un petil_ musée, au couvent des Capucins Fm. Sî. — Plaquette de |>lomb. C l'ina, près Montuire, Mavorquf de Palma.dont les archéologues de la Société Luliana devraient bien retrouver la trace. Tous les autres objets qui m'ont été montrés rentrent dans les séries classi- ques, soit grecques, soit égyptiennes, soit romaines. Aucun d'eux ne rappelle les antiquités spéciales de la Sardaigne. Seules les verroteries, les perles polychromes bien connues et un très beau flacon multicolore apparliennent sans doute à l'in- dustrie phénicienne. Les personnes qui désireraient des renseignements complémentaires trouve- ront à la Bibliothèque du Musée national de Sain[-Germain-en-Laye mes photo- graphies et mes croquis. Je termine ici mes notes en remerciant encore tous les collectionneurs des deux lies de leur complaisance à mon égard. CHAPITRE IV NOTICE SUR LES OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SÉPULTURES DE MINORQUE M. LE D' VEHNEAU Les ossements humains recueillis dans IcsgroUes de L'HosLal et de Torre-d'en- Gaumes et dans la naveta de Rafal Rubi comprennent : 1 crâne féminin complet, 15 fragments de crânes différents, 2 maxillaires inférieurs, 20 humérus, 1 iliaque, 18 fémurs, 23 tibias, 5 péronés. Sur ce nombre, 8 os longs seulement sont entiers; les autres sont pour la plupart réduits à des fragments trop petits pour pouvoir être étudiés fructueusement. Nous le regrettons d'autant plus que ceux qui se prêtent à Tétude offrent un intérêt des plus réels, comme nous allons essayer de le démontrer. Le crâne en bon état que nous possédons provient de la grotte de L'Hostal. C'est une tête de femme parfaitement adulte, avec toutes ses sutures ouvertes, même la métopique, qui existe sur toute la longueur du front. Le sujet était encore jeune, malgré la notable usure de ses dents. Lorsqu'on l'examine de profil, on voit la courbe anléro-postérieure monter d'abord verticalement au-dessus de la glabelle, puis s'infléchir brusquement à 3 centimètres et demi environ de ce point. Toute la partie supérieure du crâne est fortement surbaissée. Un peu en arrière du bregma existe une ensellure des plus marquées. Vers te tiers postérieur des pariétaux, la courbe change de nouveau de direction d'une façon moins brusque qu'en avant, et l'occipital se projette très notablement en arrière. La base est modérément renflée. Au point où la courbe an téro- postérieure devient descendante, on note un méplat qui occupe plus du tiers postérieur des pariétaux et la partie supérieure de l'écaillé occipitale, dans une étendue de 3 centimètres à peine. 72 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. Vu d'en haut, le crâne de L'Hostal rappelle entièrement la norma verticalis du crâne brachycéphale n* 6 de la carrière Hélie, a Grenelle. De face, celle tête monstre pourrait être décrite dans les termes qu'emploient MM. de Qualrefages et Hamy lorsqu'ils parlent du crâne féminin brachycéphale de Grenelle : « Les os malaires projetés en dehors développent assez la face en largeur; les orbites sont carrés... Tindice nasal est mésorhinien. L'arcade dentaire, qui est parabolique, porte des dents bien plantées, fort régulières et usées. La voûte palatine atteint une profondeur de 1 centimètre environ*. » En somme, le crâne de L'Hostal rappelle considérablement le crâne féminin de la race brachycéphale de Grenelle; il ne s'en distingue guère que par sa voûte un peu plus surbaissée. Les mensurations pratiquées sur cette tête mettront mieux en lumière qu'une longue description les analogies qui existent entre les deux crânes. Nous plaçons à côté des chififres que nous a donnés la femme de L'Hostal ceux que la femme de Grenelle a fournis à MM. de Quatrefages et Hamy : MESURES DU CRANE. Diamètres Courbes . Indices. . Antéro-postérieur maximum. Transverse maximum. . . . — bilemporal. . . . — biauriculaire. . . — bimastoîdien. . . — frontal maximum — — minimum. — occipital maximum Vertical basilo-bregmatique . Horizontale totale — préauriculaire. . Transverse totale — sus-auriculaire . Frontale cérébrale — totale. ...... Pariétale Occipitale Longueur == 100. Largeur. . — — Hauteur. . Largeur =100. — . . L'HOSTAL. 1:3 141 130 (?) 116 96 122 93 107 122 506 226 420 303 100 119 110 120 81,50 70,52 86.52 GRENELLE (carrièkbhblik). 173 14o 135 119 99 118 92 112 » 51 i 224 436 311 106 126 123 115 83,68 » OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SÉPULTURES DE MINORQUE. 73 Les deux têtes sont brachycéphales, et, si Tune rentre dans le groupes des sous- brachycéphales, tandis que Tautre se range parmi les brachycéphales, c'est que le crâne de L'Hostal mesure, au point où tombe le diamètre transverse maximum, 4 millimètres de plus que celui de Grenelle, le diamètre antéro-postérieur étant identiquement le même. Ces 4 millimètres, il les regagne sur le diamètre frontal maximum, de sorte que les courbes horizontales sont aussi rapprochées que pos- sible. Seule, la courbe transverse offre des différences assez sensibles dans les deux cas; et ce fait est le résultat du surbaissement que nous avons noté sur la voûte du crâne des Baléares. On pourrait, il est vrai, trouver quelques autres différences minimes dans la longueur de la courbe frontale, dans le diamètre occii>ilal maximum et dans quel- ques autres mesures. Mais ces différences de 5 ou 6 millimètres dépassent-elles celles qu'on constate dans une même race? Nous ne le croyons pas. Au fond, le type général est le mémo, et les deux têtes ne se distinguent réelle- ment que par le surbaissement de la voûte du crâne de L'IIoslal. Les caractères faciaux établissent des rapports encore bien plus intimes entre la femme des Ba- léares et celle de Grenelle. Il suffit de comparer les chiffres que nous donnons dans le tableau suivant pour être convaincu qu'il y a identité à peu près complète : Diamètres Orbites. . Nez . . . Hauteurs. MESUUKS DK LA FACK. Biorbitaiiv «'xlcinc. . Interorbitiiiiv. .... Bizygoniatiqiir ma.viinuin Bimaxillaii niiniiniiiii. . Lar^'eur Hauteur Indices. Largeur iiiaxiiuiiiu de l'ouveiLure Longueur Sous-cérélualc du liunl. ... Internia\illaire . . . Totab^ (le la l'ace De la pouimelte Orbito-alvt'olaire Orbitairc Nasal Facial L'IIOSTAL. iOO •23 1 2:i (U) (?) :{«•) 2i il) KO :{7 .s;{,;{:{ ;i2,i7 GRE.NELLE CARRIÈUE IIKLIK), 102 4 0-) :i9 30 30,5 23 45 17 iO 78 21 3i- 8i-,72 :;i,ii (•)3,î)3 Ici, nous le répétons, ce n'est plus de l'analogie que présentent les deux têtes, 7i MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. mais une identité presque absolue. Les chiffres sont assez éloquents par eux- mêmes pour que nous puissions nous dispenser de commentaires. En présence de ces résultats, doit-on attacher une importance capitale au sur- baissement de la voûte chez la femme des Baléares ? N'est-il pas permis de le considérer comme un simple caractère individuel? Faut-il, au contraire, y voir un caractère ethnique suffisant pour séparer complètement le crâne de L'Hostal de celui de Grenelle? Faut-il, enfin, regarder l'aplatissement de la voûte comme un signe de métissage ? A ces diverses questions, il nous semble facile de répondre. Dans la race la plus pure, on observe des différences individuelles qui vont autre- ment loin que celle dont il s'agit. On ne peut pas même faire intervenir le métis- sage dans le cas qui nous occupe. Il serait bien extraordinaire, en effet, que le croisement entre deux races eût laissé persister tous les caractères de Tune d'elles, à l'exception d'un seul. Or la tète de L'Hostal nous montre, non seulement dans son ensemble, mais dans ses détails, une ressemblance avec la race brachycé- phale de Grenelle qui va souvent jusqu'à l'identité. C'est donc au même type qu'il faut la rattacher. Si cette conclusion n'est pas erronée, elle présente un intérêt qui n'échappera à personne. Dans la série de crânes recueillis dans le sud-est de l'Espagne par MM. Louis et Henri Siret, M. le docteur Victor Jacques a retrouvé le type de la carrière Hélie de Grenelle, et il se trouvait même « largement représenté dans la population de l'Argar ». Or, les sépultures fouillées par MM. Siret datant de l'époque du bronze, notre confrère est porté à regarder les brachycéphales qui y ont été rencontrés comme les « descendants directs » de la race de Grenellc-llélie. Cette race aurait émigré du nord au sud, et elle aurait dépassé la péninsule ibérique, puisque nous la retrouvons dans les lies Baléares. Déjà nous avions constaté des faits analogues pour la race de Cro-Magnon, et les observations de M. Victor Jacques ont pleinement justifié ce que nous avions écrit à ce sujet. Il a de plus constaté à l'Argar la présence d'individus offrant tous les traits du crâne de Furfooz n" 2. En présence de ces faits, on est conduit à se demander si toutes nos vieilles races n'ont pas, à un moment donné, émigré vers le Sud, sans doute a Tépoque où de nouveaux-venus leur ont disputé le sol sur lequel elles étaient anciennement établies. Cette hypothèse repose déjà sur un nombre de faits respectable ; la découverte du crâne de la grotte de Lllostal fournit un nouvel argument à ceux qui partagent cette manière de voir. Cette trouvaille nous montre aussi que, de môme que la race de Cro-Magnon, celle de Grenelle n'a pas été arrêtée par la mer: l'une et l'autre l'ont franchie aux époques préhistoriques. OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SEPULTURES DE MINORQUE. 75 Voulût-OH voir dans le surbaissemenl de la voûle du crâne de L'Hoslal un si^ne de métissage, que les déduclions qui précèdent n'en seraient en rien infirmées. Ce caractère appartient au type n' 2 de Furfooz, et nous venons de voir que le D' Jacques l'avait retrouvé à l'âge du bronze dans le sud-esl de l'Espagne. Ce seraient des individus de cette race ou des hommes déjà métissés qui l'auraient introduit aux Baléares. La réalité des migrations donl nous venons de parler n'en serait nullement battue en brèche. II n'est pas douteux, d'ailleurs, que divers types aient vécu aux Baléares à l'époqne du bronze, et les partisans de l'aulochtonie ne sauraient prétendre que le milieu ait pu donner naissance à la fois à des traces absolument distinctes. On est donc forcé d'admettre qu'un certain nombre d'individus au moins étaient venus du dehors. Si nous manquons de crânes pour mettre en évidence la mulliplicité des races anciennes des Baléares, nous possédons des os longs qui vont le montrer suffi- samment. Un très petit nombre sont entiers, et permctlent de calculer la taille. En nous servant des chiffres d'Orfila, nous sommes arrivés aux résultats suivants : Pour les hommes de la grotte de L'ilostal, nous avons trouvé des failles de l'",63 {"",^8 et 1",69 ; deux femmes nous ont donné l'",53. La naveta de Itaful Ruhi renfermait les restes de deux hommes qui mesuraient respectivement 1"',G8 et 1"',70; une femme avait 1"',53. Ainsi la taille des hommes variait de l'",63 à l"',70; celle des femmes parait avoir été de l^iSS. Assurément, entre les bommes les plus grands et les individus les plus petits la différence n'est pas énorme; mais nous n'avons pu évaluer la taille que de cinq sujets, et il est bien probable que, si nous eussions eu des matériaux plus nombreux, les variations seraient bien plus accusées. Quoi qu'il en soit, lors- que sur cinq individus on trouve une difVérencc de 7 centimètres, on n'est pas autorisé à prétendre qu'on se trouve en présence d'un groupe homogène. Examinons maintenant quelques caractères des os longs. L'humérus des sujets de la naveta de Bafal Itubi présente, vers la pointe du V deltoïdien, un diamètre antéro-postérieur qui varie entre 19 et 26 millimètres. La largeur de son extrémité inférieure oscille entre 53 cl 68 miilimèlres. Dans un sexe comme dans l'autre, on rencontre des individus peu robustes à côté de sujets qui peuvent rivaliser en force avec les hommes les plus robusios de la race de Cro-Magnon. Enfin deux humérus montrent la [)erforation olécrànienne, cl sur l'un l'ouverlure atteint i2 millimètres de large; neuf autres ne présentent point ce caractère. A L'Hostal, un humérus féminin, le seul que nous possédions, mesure 76 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 278 millimètres de longueur, 17 de diamètre antéro-postérieur et 48 de largeur à son extrémité inférieure ; la femme était donc à la fois petite et peu vigoureuse. L'étude du fémur nous montrerait les mêmes mélanges. Presque tous sont trop brisés pour qu'il soit possible de rendre par des chiffres les différences qu'ils offrent. D'une façon générale on peut dire que certains individus avaient des os grêles, tandis que d'autres étaient d'une robusticilé peu commune, comme le démontrent à la fois le volume de l'os et la saillie de la ligne âpre. Il est cependant un caractère que nous avons pu évaluer : c'est l'existence ou la non-existence de la platymérie. On sait que M. le docteur Manouvrier a donné ce nom à l'apla- tissement de la portion du fémur située au-dessous des trochanters, et qu'il a proposé de l'évaluer par le rapport du diamètre antéro-postérieur de l'os au dia- mètre transverse, mesurés l'un el l'autre au niveau du point le plus aplati. Or voici ce que nous avons observé: A la naveta de Rafal Rubi, le tiers des fémurs présente une platymérie très accusée (indices de 67,57 à 73,52); un autre tiers offre une platymérie modérée (de 76,66 à 77,42); les autres n'en offrent pas de trace. Les extrêmes vont de 67,51 à 86,20. A L'Hostal, nous constatons le même fait : deux fémurs sont franchement pla- tymériques (ind. = 74,99 et 75) ; le troisième ne l'est pas du tout (ind. = 87, 87). Ainsi, à quelque point de vue que nous examinions le fémur, nous trouvons entre les individus des différences notables. C'est ce que va nous montrer encore le tibia. Réduit le plus souvent à un fragment de la diaphyse, nous avons dû nous borner à en évaluer le rapport du diamètre antéro-postérieur au diamètre transverse, chaque fois que nous avons eu le trou nourricier. Sur 14 tibias de la naveta de Rafal Rubi, 4 nous ont donné des indices infé- rieurs à 63, c'est-à-dire qu'ils sont bien aplatis, platycnémiques, pour employer le mot consacré; 6 donnent des indices qui oscillent entre 63 el69 (platycnémie faible) ; 4 enfin dépassent l'indice de 69, et ne sont par conséquent nullement apla- tis. Les indices extrêmes vont de 58,97 à 81,48. La grotte de L'Hostal offre quelque chose d'analogue : un des tibias qui en proviennent est légèrement aplati (ind. =: 64,10), l'autre ne l'est pas du tout (ind. =^73,52). Enfin, trois tibias de la grotte de Torre-d'en-Gaumes ne présentent pas de trace de platycnémie. En présence de caractères aussi variables et de chiffres aussi éloignés les uns OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SÉPULTURES DE MINORQUE. 77 des autres, il est impossible de nier que la population des Baléares était déjà fort mélangée à Tépoque du bronze. Malheureusement les matériaux que nous avons entre les mains ne permettent pas de déterminer les divers éléments ethniques qui s'étaient donné rendez-vous dans ces îles. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que l'une des races était peu vigoureuse, tandis qu'une autre était, au contraire, extrêmement robuste. Il serait téméraire de vouloir rechercher à quel type appar- tenait cette dernière. Néanmoins la vigueur des os, la saillie de la ligne âpre du fémur, l'aplatissement du tibia, que nous avons signalés chez certains individus, pourrait faire supposer qu'il était arrivé là des hommes de Cro-Magnon. C'est évi- demment une simple hypothèse, qui n'a rien d'invraisemblable si nous nous rap- pelons que la race comptait alors des représentanls dans la péninsule ibérique, presque en face des îles Baléares, et si nous tenons compte qu'elle n'hésitait pas à franchir la mer, puisqu'elle a gagne, vers celle époque probablement, le nord de l'Afrique. Ce qui paraît le mieux établi, c'est que la race brachycéphale de Gre- nelle n'avait pas craint de faire ce voyage d'outre-mer, car le crâne de la grotte de L'Hostal en est un spécimen pur ou à peine altéré. Telles sont les conclusions qui se dégagent de la rapide étude que nous venons de faire. Il nous resterait à signaler parmi les os recueillis dans les sépultures des Baléares quelques pièces pathologiques intéressantes. Sans entrer dans des détails descriptifs, citons un cas de fracture consolidée sur un péroné de la naveta de Rafal Rubi et trois cas d'arthrite végétante sur un humérus, un tibia et un péroné de la grotte de L'Hostal. Sur l'humérus on remarque plusieurs orifices d'anciennes végétations de tumeur blanche. L'olécrâne s'est séparé du cubitus pour se souder à l'humérus. Il s'est fait entre ces deux os et le radius une pseu- darthrose qui siège très haut et en avant de l'extrémité inférieure de l'os du bras ; celle-ci, par suite de la prolifération osseuse, ne mesure pas moins de 77 milli- mètres de largueur. La plus grande partie de sa surface articulaire, de même que celles du tibia et du péroné de la même grotte, a été fortement usée par le frot- tement et polie, en même temps qu'elle a acquis l'aspect de l'ivoire. TABLE Avant-Propos. Paget. CHAPITRE PREMIER Introduction. — Revue des travaux des Auteurs. CHAPITRE II Description des Monuments 11 a. Les villes ou bourgades 11 b. Les murailles ou remparts \A c. Les constructions, caves mégalithiques édifice principal 16 d. Les tours ou talavots ^23 e. Les tombeaux dits Naus ou Navetas 33 f. Les puits dits Potarràs 39 g. Les grottes artiûcielles creusées dans les rochers et dans le sol 39 80 TABLE. CHAPITRE m Page». Les Objets : Armes, parures, ustensiles 53 CHAPITRE IV Notice sur les ossements humains 71 Nota. — Une liste explicative des planches les accompagne. Paris. — Tjp. Chamerot et Renouard, 10, ruo des Saints-Pères. — ï529r MISSION SCIENTIPIQUE DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE MONUMENTS PRIMITIFS ILES BALÉARES EMILE CARTAILHAC aIjBUM des planches I - LI TOULOUSE LIIIHAIRIE EDOUARD l'RIVAT 1892 TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES' Enceinte et porte d'entrée d'une cité antique, Santa Rosa [près Cîudadela;' (Mlnorqne). Comme j'ai pris soin de le faire pour toutes mes vues photographiées, j'ai placé ud homme auprès des ruines pour donner une idée du volume du monument et des pierres qui le composent. On distinguera aisément sur ma photographie les murs modernes élevés par les paysans et qui rejoignent les conslmclions antiques (texte p. 15). PLANCHE II Bnoelnte fortifiée d'une ville antique, Son Carlà, prés Ciudadela (Minorque). A la jonction des perpendiculaires élevées aux points A se trouve la porte d'entrée, aujourd'hui fermée par une accumulation de blocs. Un homme est debout entre les mon- tants, dont on peut ainsi apprécier le grand volume. On observera que les pierres de la tour située au milieu de la vue sont moins grosses, comme je l'explique dans le texte (p. IS). I. Je reroercio mon ami M. Charbs Fabrb, docieuc ùs-scioiicrs. chargé lit caurs à la F^iciilté de Toulouse, et dont les remarquables traités de photographie sont clas siiiues, des ciccllcnts conseils qu'il a bien voulu mu donner depuis longtemps. J'exprime aussi ma gratitude à M. NADAR,qui m'a aidé avec cette complaisance et ccttn amnbiliié parfiiiies qui sont de tradition dans sa maison. Jb dois enfin un soutenir A un arlîsle de Toulouse, nioil pi-émaluvémcnl, André Qicssac, regretté de tous, ot qui «lécuta dans ses ateliers de Paris le tirage dos pliotoijpics, dignes de son talent et de sa renouiméc. IV MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES. PLANCHE III Ruines antiques et garritajB modernes, Son Saura nov, Giudadela (Minorque). C'est 1res probablement un vestige d*enceinte et une porte d'entrée, si j'en juge d'après quelques indices du voisinage. Ici le pays, admirablement cultivé, a vu disparaître la plupart des traces des édifices primitifs. Les campagnards construisent des cabanes en pierres sèches qu'ils appellent gatTilas^ et où ils abritent eux et une partie de leurs bétail ou même de la moisson, soit en cas d'orage, soit pour passer la nuit. On voit ici une garrita dans le cadre de la porte, au loin, et une autre à droite de la vue, au premier plan. Les planches L et LI sont consacrées à ces constructions rustiques, qui ne peuvent être confondues, même rqinées, avec les édifices antiques. PLANCHES IV ET V Enceinte d'une ville antique, La Mola de Felanitz (Mayorque). Cette portion de muraille, dont plusieurs blocs sont énormes et dont la hauteur sur quel- ques points est encore de cinq mètres, est à la base d'un mamelon encombré de ruines informes au milieu d'un bois épais. PLANCHE VI A. Muraille de ville, façade intérieure remaniée, Torre Uaftada près Giudadela (Minorque). Comme la porte à gauche avance beaucoup, je suppose que toute la façade était jadis au môme plan et qu'il n'en reste que les blocs qui supportent le linteau. La muraille fut reconstruite moitié moins large que la primitive. On se contenta de plaquer des pierres de moyenne grosseur contre les grandes dalles qui forment le revêtement extérieur et qui sont demeurées en place. Une petite porte (à droite) fut alors substituée à l'ancienne. Au bas de la muraille est un entassement de blocs accumulés par les cultivateurs. B. Mur et pilier intérieur d*un monument, Sant AgnsU près San Cristobal et Alayor (Minorque). Un homme est placé au pied d'une colonne encore surmontée d'une dalle ayant fait partie de la toiture. Les ruines abondent au delà et aux environs. On distingue de nom- TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES. v breuses divisions. Les bases des murs sont on général faites avec des matériauK réguliers et bien assemblées ; des murailles plus massives entourent des groupes de ces construc- tions. C'est l'une d'elles que l'on voit au premier plan de la photographie. A gauche on aperçoit les pentes d'un lalayot. Celui de notre planche XXXVI est immédiatement à droite. PLANCHES VII ET VIII Rnlnes d'une ville antlq[ue, L'Hostal prés Ciuâadela (Mlnorme édiQce dont le plan est semblable à ceux des chambres uniques des autres localités. Ici les murs étaient revêtus extérieure- ment et sur tout le pourtour, de grosses dalles bien équarries on général; elles sont la plupart encore debout. Le pilier central malheureusement a été esploilé par les carriers. La base énorme porte les traces de leur déplorable ouvrage. L'aspect de toutes ces énormes pierres blanches est véritablement superbe. La façade (pi. XXII) est longée d'un côté par une large avenue qui conduit à l'une des portes de l'enceinte et de l'autre k un chaos de ruines. VIII MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALEARES. PLANCHE XXIII Monuments de Trabuco près Mahon, au milieu des fortifications élevées par le duc de Grillon. Lo duc de Grillon qui était alors, en 1782, au service de TEspagne, avait placé du canon sur le lalayol, et de là il bombarda la place. Les trois talayots et l'emplacement de la ville de Torre d'en GkLlmes. PLANCHES XXIV ET XXV Édifice principal de la cité de Torre-Trendaca, près Giudadela (Minorque). Voir le plan flg. il, p. 19. PLANCHE XXVI Édifice principal, vue intérieure ouest, Benlmaimut près Mahon (Minorque). Voir le plan fig. 13 , p. 20. Trois talayots entourent de très près ce beau monument, un des mieux conservés. Les murs anciens sont intacts sur plusieurs points. Sur ma vue, a gauche, sont encore des parties de la voûte reposant sur des pieds droits encastrés à moitié dans la muraille, comme dans les autres constructions semblables. PLANCHE XXVII Édifice principal, Torre Llafùda près Giudadela (Minorque). Le pilier central est renversé ; les deux parties, support et chapiteau sont par terre au pre- mier plan. Plusieurs des supports de Tenceinte ont conservé encore leurs chapiteaux. Celui qui est au milieu de la photographie est parfaitement intact. Le pilier pénètre assez pro- fondément dan» lo bloc supérieur. C'était sans doute ime condition de solidité (plan Vig. 12, p. eOK TABLE ET DESCEIIPTION DES PLANCHKS. PLANCHES XXVIIl ET XXIX Le plus grand talayot des Baléares, Son Morell prés la baie d'Alcudla et le pic Farroltx (Mayorque). On reniarquera dans la seconde vue, ù l'angle do droite A A, le soninieldf cequiroslcdu pilier central en blocs superposés. Les blocs énormes de la voûle se sont engoullVés dans le monument (texte p. 23 et 25). PLANCHE XXX Talayot carré en ruine, Canova de Morell près la baie d'Alcudla. Ce talayot est dans la région du précédent. Il fut construit avec un calcaire moins résis- tant. Les blocs ont été arrondis par les agents atmosphériques. Avaient-ils même une grande régularité quand on les clioisil? Je ne l'affirme pas. Le monument est carré, mais ma pho- tographie ne le montre pas suflisamment. Cette forme est assez fréquente, surtout dans Hayorque (Voir le dessin de la p. 53). PLANCHES XXXI. XXXU ET XXXllI Talayot en ruine, Son Oliver près Felœnitx (Mayorque). Talayot en ruine, Algaida près Palma (Mayorque). Un groupe de talayots eu ruine sous bols, Pollenza (Mayorque). Ces diverses vues montrent ce que d sauvage soit cultivée. iunneiil les lalayot-i envahis par la végétation soit PLANCHE XXXIV Parois intérieurs d'un petit talayot en ruine. Son Heredad prés la tour de Canamel, Arta (Minorque). J'ai fait observer dans mon texte que l'appareil de ces-conslructions était volumineux Ji l'extérieur et beaucoup plus petit et moins soigné à rinlérieur. Rarement le mur est aussi J X MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALEARES. mauvais que dans le spécimen figuré (p. 25). Au fond de cette ruine était couché à Tombre un troupeau de jeunes agneaux. Le jeune homme assis au sommet du talayot est M, Pena, qui partagea avec ses deux frères le soin de m*accompagner souvent dans Mayorque et de me faire bien recevoir partout. On visite aux environs la célèbre grotte de Arta au bord de la mer dans une baie magni- fique. PLANCHE XXXV Talayot & deux étages intérieurs, Torre Nova de Lozano près Ciudadela (Minorqne). C est un des mieux conservés que j*ai vus. J'en ai donné le plan et la description (fig. ^0, p. 27). PLANCHE XXXVI Talayot avec crypte bien conservé, Sans Aug^sti près Gristobal. (Minorqne). Également en parfait état. Voir le plan et la description (fig. 18, p. :25). PLANCHE XXXVII Pilier central d'un talayot détruit, Son Sabo près Montuiri (Mayorque). Voilà un exemple idéal de la manière dont les ruines elles-mêmes peuvent disparaître. D'un talayot qui devait être énorme, et tel que celui de Son Morell (pi. XXIX) il ne reste que le pilier central. La charrue passe maintenant partout à ses pieds (texte p. 26). PLANCHE XXXVIII A. Enceinte d'une ville, la Vêla de Son Heroued près Felanitx (Mayorque). Ici, c'est au contraire l'enceinte qui a été respectée : le terrain qui supporte les construc- tions intérieures est dégagé et labouré (Voir le plan p. 15 fig. i). B. Talayot avec partie supérieure refaite, Torello prés de Mahon, Minorqne. TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES. PLANCHE XXXIX Talayot avec partie Enipérienre refaite, Torello près Hahon (Mlnorque). C'est le même que j'ai Hgiiré sur la planche précédente. 11 a, comme on peut en juger, de ^andes dimensions (Voir p. 38). On dislingue bien la perfection relative de l'appareil de la partie haute. PLANCHK XL Talayot en mine et remanié, Benlcodrell de Dalt près San Cristobal (Minorque). Le premier talayot dont la vue a été donnée par lesanciens auteurs (Voir p. 5) et dont la disposition a été inexactement interprétée par eu\ et leurs successeurs. PLANCHES XLl ET XLII Nau on Haveta d'es Tadons, monnment funéraire près Cindadela (Hinorqae]. J'ai parlé longuement de ce monument classique (Voir p. 22 et iig. 33). PLANCHES XLIII, XLIV ET XLV Naus on Navetas de RafaI Rubi i(Mluorque) Voir texte p. 34 et fig. 23 et 24). PLANCHE XLYI Nan de Son Mersé de Baiz,pré8 Ferrerlas (Ulnorqne). Coupé par la culture, qui a emporté la façade, co monument runéraîro m'a permis de donner une vue photographique parfaite pour montrer le rôle dos piliers de soutènement et le mode de construction des plafonds (Texte, p. 35 Iig. 35). iii MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES. PLANCHES XLVII, XLVJII ET XLIX Grottes artificielles au bord de la mer, Galas Govas près Mahon, (Minorqae). Sur ce littoral les baies sont profondes et dominées parles falaises les plus pittoresques. La mer, le jour de ma visite, était àpeine ridée à la surface, et la plus brillante lumière, dans un air d'une rare transparence accusait vivement les couleurs les plus opposées et les moindres détails. Sur la pi. XLYIII on aperçoit, non sans peine, deux pêcheurs à la ligne assis à la pointe du rivage : ils donnent l'échelle de cette partie de la côte singulièrement réduite par mon objectif grand angulaire (Texte, p. 44 et flg. 33.) PLANCHES L ET LI Garrlta ou Cabane moderne, Ferrerias (Minorqae). Les édifices de ce genre sont nombreux dans Tile où les métairies sont très éloignées des champs en culture et où les paysans ont besoin d'abri tantôt contre le soleil, tantôt contre Torage. Ceux-ci excellent à faire ces constructions en pierres sèches souvent assez vastes pour donner asile à un groupe nombreux de travailleurs, de bétail, ou même à la récolle. Quelquefois une rampe en spirale permet d*arriver au sommet de la Garrita d'oùTon découvre tout rhorizon. Paris. — Typ. Chamerot et Renonard, 19, rue des Saiots-Pères. — 25297. ^ 1 ^ M^iiMMusiis fma^mw^ mts iu^imaj^^s k.'-A'Lf/.fkT'f/ù' /ir ?'i//e ..j^/fç'//'.'/// ^/r/' '///c}fy'fn' ^^ ^ I r m^ÊKSi f IH • y t «» ^ fl| J k r^' L o ^H ! * %\- ' 1 ^1 ^ 1 v^BK^'^ 1 1 1 ■■V. i>' g^J^^WB J -^ i ■M Hl i !♦ iÉ': ^^ ^ fir ■i'' i ^ j^ 'ir i -• «!£- 1» s w ■ I ïfa Pft'^ *■:■*' V ^ • H 1 ¥ : ' P ^ 1-1 ■'; § ^ Kdl , -~ . '^. 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S» *v **-'. * ^^'tR' ^ o. ■> """^^^ÉkjSI ^S^^' t'j' -Vj-Jr >» ■ ^^ M - "-jnârii^^^H^^^I f SM ';4^V^ ^ < »> ' ^^^■^^HBP»r ^ jT' BÎA' . !9 P(p7 ' * :i A ^^^..i3?^a^ ^^- A§ S rmi^^ 'jsi\wiiei. 1 v,!\ ■ » ' > ♦ '.> j m^mf^'''-" 1 bi^' ■■ .'«■^jJaJI'îfî f^''- ■ 1 ^^^ff^àffiroMS «-'1, t m i ^^hh^jV«wP^^ "H- ( M ^ ^^^pf^^^^K^. ^Sflsi '1 ' f -^- ■ ~^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^i 1 1 «; ■H ■ jM ^^ î 1 -^^- >i^&i^^afe:^^^^^^^^^^^^^l ■S, : a; ^HH^^^' t*3 J m 1 ^^^^^^^^^^^^^^^^^^K'^;, .TY LIBHARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD (JNIVERSITY LIBRARIES ■ S STANFORD "NIVERSITY 1_| gRARI ES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD ur ^siFS STANFORD UNIVERSITY UBRAR.ES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFO ^NFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES . 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